MAUVAISES NOUVELLES DU HANOVRE
neutralité; ils avaient même prédit les effets désastreux de cette nouvelle quand elle serait ébruitée. Et cependant, malgré ces avertissements et leurs propres craintes, ils ne lirent rien pour détourner l'orage. La fin du mois d'août, le commencement de septembre s’écoulèrent sans autre incident que les démèlés presque journaliers entre Newcastle et Pitt, jaloux de la haute main que chacun essayait de prendre dans le gouvernement. Pendant cette période, Newcastle, dans les billets pour ainsi dire quotidiens échangés avec son ami Hardwicke, parle des troubles que soulevait l'application de la loi sur la milice, des difficultés créées par la saisie des bâtiments de commerce naviguant sous pavillon neutre, de l'échec de l’entreprise dirigée contre Louisbourg, de l’escadre destinée à l’attaque des ports français qui venait enfin de mettre à la voile; mais il ne fait aucune allusion aux affaires de l’Électorat. Ce silence cesse le 6 septembre; il fallut bien s'occuper de l’armée de Cumberland qui était aux abois. «Le duc, écrit Newcastle (1), est ou sera bientôt enfermé dans Stade. Richelieu a rejeté toute sorte de trêve ou de négociations. L'armée du duc, forte de 40,000 hommes, mourra de faim si on ne vient pas à son aide, ou plutôt si on ne lui envoie pas des vivres d’ici. Hier soir nous avons tous, et surtout M. Pitt, été d'avis de le faire sans retard. » Suite des mauvaises nouvelles le lendemain; l’envoyé de Hesse-Cassel, M. Alt, prévient Holdernesse (2) qu'il doit faire part au roi George de l'intention du Landgrave de traiter directement avec la France. L’horizon politique sassombrit chaque jour. Newcastle confie ses peines à Hardwicke (3) : « La mesure fatale est beaucoup plus avancée que nous ne le pensions; la communication de nos projets a déjà été faite officiellement au roi de Prusse,
(t) Newcastle à Mansfield, 6 septembre 1757. Newcastle Papers. (2) Holdernesse à Newcastle, 7 septembre 1757. Newcastle Papers. (3; Newcastle à Hardwicke, 10 septembre 1757. “ewcastle Papers.
qui l’a reçue de la façon que nous avions prévue. » Newcastle répète des propos que le Roi a tenus à lui et aux deux secrétaires d'État, Pitt et Holdernesse; il reproduit aussi le résumé d’une conversation avec Lady Yarmouth, D'après les renseignements de la favorite, les premières ouvertures de Steinberg ayant été repoussées, ce diplomate aurait reçu ordre de solliciter une audience de l’Impératrice et de faire des propositions qui lieront le Roi en sa qualité d'Électeur. En outre, Münchhausen aurait correspondu, par l'intermédiaire de Cheuses (1) et d’Affry, avec le ministre du Danemark à Paris; le duc de Cumberland passait pour être le promoteur de la ntgociation. « Quant à la dame elle-même elle m'a assuré qu'elle avait fait les plus vives représentations au Roi; elle lui avait déclaré que le parti était contraire à son honneur, et que ce serait une tache pour sa mémoire. » Mais cet appel n’a pas produit d'effet sur le souverain dont l'attitude est illogique; car tout en persistant à traiter, il flétrit la conduite militaire de son fils, et prétend que les choses ne se seraient pas passées ainsi s’il avait été à l’armée. « Selon moi, conclut Newcastle, il commence à s'inquiéter de ce qu'il a fait; mais il ne peut revenir en arrière, quoiqu’à mon estime il n'ya pas la moindre chance que ses conditions soient acceptées, même à la cour de Vienne. La pauvre Lady Yarmouth m'a dit : « Quand on vieillit on n'a plus ia même fermeté et la même décision qu'autrefois. » La gravité de la crise extérieure donne à l’Anglais des craintes sur la stabilité du cabinet : « En résumé, si nous ne pouvons pas trouver un moyen d'arrèter net ce projet de paix distincte, Pitt, j'en suis convaincu, donnera sa démission, et je ne puis pas l'en blâmer. »
C'était de Frédéric qu'était venue la note d'alarme qui
(1) Ministre danois à La Haye.
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