INDIGNATION DE FRÉDÉRIC
avait tiré le gouvernement britannique de sa quiétude. Ce monarque était à Dresde quand il recut, dans les derniers jours d'août, à la fois la dépèche de Steinberg, datée de Hanovre, annonçant aux ministres de Berlin la résolution de rechercher un accord avec la France, et le billet du roi George lui faisant part de la même intention. À son oncle il répondit (1) en termes des plus dignes : « J'ai éprouvé des malheurs, je suis fort éloigné de les croire désespérés, mais je ne me persuaderai jamais que parce qu'un allié est malheureux ce soit une raison de l’abandonner. Je n'ai jamais été contraire à la paix, je l'ai toujours souhaitée, mais honorable et durable. Votre Majesté sait mieux que personne ce qui lui convient de faire; j'attends d&as le silence et sans émotion le dénouement de cet événement. »
Avec son propre représentant Michel (2) et l'Anglais Mitchell, Frédéric fut beaucoup moins réservé. Dans une audience accordée à ce dernier le 30 août (3), il se plaiunit, en langage dont la modération soulignait l’amertume, de la désertion dont il était la victime. « Si le Hanovre accepte la neutralité, s’était-il écrié, c’est la fin de tout. » Déjà au recu de la lettre de Cumberland citée plus haut, Mitchell, dont on connait les sentiments pour la personne et pour la cause de Frédéric, avait donné libre cours (#) à son indignation : « L’Angleterre a été filoutée et ses ministres ont été dupés par les Hanovriens. Quelle triste figure allons-nous faire en Europe? Pour soutenir une politique faible, irréfléchie et inefficace, on a manqué à la foi promise de la facon la plus manifeste, la plus effrontée. Vous savez ce qui est arrivé.
(1) Frédéric à George, 30 août 1757. Correspondance politique. Vol. XV, p. 317.
(2) Frédéric à Michel, 30 août 1757. Correspondance politique. Vol. XV, pP. 318,
(3) Entrevue avec Mitchell, Correspondance polilique. Vol. XV, p. 315. (*) Mitchell à Newcastle, le 28 août 1757. Newcastle Papers.
Pourquoi n'a-t-on pas consulté le roi de Prusse? J'en répondrais sur ma tête, il aürait consenti à n'importe quelle proposition raisonnable pour la sûreté du Hanovre. Que dira du cabinet la postérité? Après avoir signé le traité de Westminster pour garantir le Hanovre, il laisse les ministres hanovriens déclarer publiquement qu’ils n'ont pas de traité avec le roi de Prusse; bien plus, il permet à ces gens de trahir un prince qui a tout risqué pour les sauver, et qui ne doit ses malheurs qu'à sa générosité et à sa loyauté! Je souhaite sincèrement que ce malheureux projet atteigne le but désiré, mais j'ai bien peur qu'il ne serve qu’à ajouter la honte à la ruine du Hanovre. La réponse de la cour de Vienne sera un refus péremptoire ou dédaigneux ; si la proposition est accueillie, on attachera des conditions si dures que le Roi ne pourra jamais les accepter. Le ferait-il, que l'exécution dépendra de la France qui nous a donné tant de preuves de sa bonne loi et de son affection. Ne parlons plus de négocier ! Après ceci personne ne se fiera à nous. Je ne sais pas comment je pourrai regarder le roi de Prusse en face. On n'achète pas l'honneur avec de l'argent, milord! En parlant comme je viens de le faire j'ai dévoilé le fond de mon âme à N otre Seigneurie, mais j'obéirai à la lettre à mes instructions tant que j'aurai l'infortuné honneur de servir le gouvernement. » | | On peut imaginer l'effet produit sur les esprits vacillants du ministère anglais par cette véhémente missive, effet auquel venait s'ajouter celui de l'entrevue de Dresde, de la lettre personnelle de Frédéric, et des dépêches adressées à Michel dont on avait eu connaissance grâce aux indiscrétions de la poste. Le premier résultat fut une note remise à l’envoyé prussien ; cette pièce (1), signée de Holdernesse, contenait les déclarations suivantes : « Le
(1) Note remise à Michel par Holdernesse, 16 septembre 1757. Newcastle Papers.
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(1) Holderne (2) Conventi Paris 1758.