COLÈRE DU ROI GEORGE
tres anglais ne demandaient pas mieux que d'attiser le feu et de faire porter au Prince toute la responsabilité de la convention scandaleuse, comme on se plaisait à appeler l’arrangement de Closter Seven; mais au fond ils savaient à quoi s’en tenir et n’ignoraient pas quel était le vrai coupable. Écoutons les appréciations de Newcastle (1) : « Le Roi prend parti avec véhémence contre le duc, et lui attribue toute la faute. Cette attitude nous permettra tout au moins de nous tirer d’affaire le mieux que nous pourrons pour l'avenir... Le duc mérite certainement les reproches les plus vifs, et cela depuis le début; mais j'espère bien que Votre Seigneurie ne s’imaginera pas que je le regarde comme seul à blämer. Néanmoins je me suis félicité de voir le Roi désireux de tirer son épingle du jeu, et aussi sévère que n'importe qui dans son jugement sur ce qui s’est passé. » Il termine son épitre par l'interrogation qui lui est coutumière : « Maintenant le point essentiel est de nous poser la question : Qu'est-ce que nous pouvons bien faire? »
Volontiers on se serait refusé à ratifier le traité. Newcastle aurait été le premier à inventer un prétexte plus ou moins plausible; mais il y avait eu commencement d’exécution, et selon toute probabilité, au moment où l’on délibérait à Londres les troupes hanovriennes et alliées étaient en pleine dislocation. Il fallut donc se contenter de charger le négociateur malheureux et d'essayer de réserver l'avenir. Holdernesse s’exprima à Cumberland (2) dans ce sens : « C’est avec peine et malgré moi que j’obéis aux ordres précis que je reçois du Roi; ils sont de prévenir Votre Altesse royale que Sa Majesté désapprouve la convention que Votre Altesse a signée; Elle vous témoigne sa surprise que Votre Altesse ait exécuté cet arrangement sans attendre la ratification de Sa Majesté. »
(!\ Newcastle à Hardwicke. Très secret, 19 septembre 1757. Newcastle Papers. (2) Holdernesse à Cumberland, 20 septembre 1757. Newcastle Papers.
Dars le brouillon conservé au British Museum, Holdernesse avait dit : « que Votre Altesse a signée à des conditions que, d’après les déclarations que Sa Majesté a bien voulu me faire, Votre Altesse royale n'était pas autorisée à accenter. » En marge est écrit de la main du Roi : «Il avait an plein pouvoir, il faut changer cette partie de la phrase. » Le passage substitué au texte primitif, où il est question de la surprise de Sa Majesté, est de l'écriture de Newcastle. Cet incident démontre la duplicité du monarque ; jusqu'au dernier moment il avait caché à ses ministres l'initiative qu'il avait prise, et ne s'était décidé à avouer la vérité que par crainte du démenti auquel il s’exposerait. Holdernesse terminait sa dépêche en annonçant que l'affaire sous toutes ses phases serait soumise à l’examen des conseillers les plus intimes de la couronne, « dont le Roï avait demandé l'avis sur les moyens de sortir des difficultés présentes. »
Une lettre personnelle de George (1) au duc de Cumberland est beaucoup plus circonstanciée et. plus détaillée. Il ne peut pas incrimirer une négociation dont il était l’inspirateur, mais il accuse son fils de ne s'être ‘pas conforrné à ses instructions. Pourquoi n'avoir pas tenu compte des conditions formulées dans une des apostilles du 11 août, « que du côté de l’Impératrice et de la France, on ne dût faire aucune demande à moi, ou à mes alliés, d’une prestation de secours contre le roi de Prusse; et que 2° on mit entièrement en sûreté mes États, possessions et appartenances et ceux de mes alliés; et que 3° mes États fussent évacués au plus tôt, et délivrés de toutes exactions, marches et passages? » Pourquoi, alors qu'il lui avait été enjoint par le canal de Münchhausen de faire trainer les pourparlers jusqu’à connaissance de la réponse de la cour de Vienne aux ouvertures de Steinberg, avoir montré
(1) Roi George à Cumberland, 21 septembre 1757 Traduction. Newcastle Papers.
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