‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 26 sur 385 · CONVERSATIONS DE KNYPHAUSEN AVEC ROUILLE · texte numérisé non relu

CONVERSATIONS DE KNYPHAUSEN AVEC ROUILLE

saurais exprimer, ajoute-t-il, la révolution subite que la douleur de la famille royale a occasionnée dans l'esprit de tous les courtisans, et même de toute la nation, et la rapidité avec laquelle elle a soulevé contre Votre Majesté ceux mère qui paraissaient être le plus favorablement disposés pour Elle, et auxquels la réunion des maisons de Bourbon et d'Autriche répugnait le plus. »

Aux dépèches de son représentant, Frédéric, malgré ses” occupations militaires, trouva le temps de répondre de son camp de Sedlitz (1), par l'apologie de sa conduite à l'égard de la cour de Dresde et par la dénonciation des trames pertides qu'on avait ourdies contre lui. Cet exposé, et probablement aussi le mécontentement auquel donnèrent lieu les hésitations du roi Auguste et sa négociation avec : Frédéric, produisirent une accalmie à la cour francaise et quelque réaction contre les exigences du nouvel allié. « La nation, pouvait écrire Knyphausen (2), commence à ouvrir les yeux sur les inconvénients du traité de Versailles ,.et on réclame avec chaleur sur la disproportion qu'il y à dans le cas de l'alliance, où l'on a excepté en faveur de la cour de Vienne la guerre présente entre la France et l'Angleterre, sans avoir excepté aucun cas en faveur de la France, ni compensé cette inégalité par aucun autre avantage... On ajoute à cette critique. que les troupes qu'on veut envoyer en Allemagne sont autant de victimes qu'on va immoler à la maison d'Autriche, et qu'il ne saurait jamais ètre conforme aux intérêts de la France de travailler à l’agrandissement d'une puissance formidable qui a été de tout temps sa rivale, et qui tôt ou tard tournera ses forces contre elle. On s’avance même jusqu’à convenir qu'il est de l'intérêt de la France de ne pas souffrir que Votre Majesté recoive le moindre échec, et qu'on ne saurait diminuer sa

(1) Frédéric à Knyphausen, 30 septembre 1756. Correspondance politique, vol. XIIT.

(2) Knyphausen à Frédéric, 8 octobre 1756. Affaires Étrangères.

puissance sans déranger l'équilibre de l'Europe. Sans les clameurs qu'occasionnent ici les violences qu'on accuse | Votre Majesté d'exercer en Saxe, et qui ont déchiré le cœur du roi et de la famille royale plus que je ne saurais l'exprimer, le bandeau de l'illusion serait tombé il y a longtemps, et les yeux du ministère seraient peut-être entièrement dessillés à l'heure qu'il est. »

Les fluctuations de l'opinion en France sur les résultats de l'alliance autrichienne, alors qu'il s'agissait de passer des paroles aux actes, se trouvent reflétées dans les mémoires du temps (1), mais étaient trop tardives pour ar-

rèter le cours des événements. L'incident survenu aux > avant-postes du camp prussien les 6 et 7 octobre, dont le comte de Broglie fut le héros ou ‘la victime, détermina la

rupture des rapports diplomatiques entre la Prusse et la

France. Par dépêche du 19 octobre (2) Rouillé notifia son

rappel au marquis de Valory; le lendemain, le ministre fit

part à Knyphausen (3) de cette décision qu'il motiva par

la violation « de tout ce que le droit des gens avait de plus

sacré, tant par ce qui venait d'arriver en dernier lieu au

comte de Broglie que par ce qui s'était passé précédem-

ment touchant le courrier de cetambassadeur. » Après avoir

relaté les compliments personnels dont Rouillé avaitaccom-

pagné cette communication, le Prussien ajoute : « Il m'a

été confié de fort bon lieu, et de plus d’un endroit, que ce Co qui est arrivé à l’égard de M. de Broglie n’est qu’n prétexte qu’on a saisi a’ c avidité, afin d'exécuter le projet de

rappeler le marquis de Valory qu’on a formé depuis l'entrée de Votre Majesté en Saxe, etsur lequel Madame la Dauphine a insisté sans cesse et avec la plus grande vivacité. »

(1) Voir Mémoires du duc de Luynes, et aussi certains passages des Me- | moires de Bernis.

RER (2) Rouillé à Valory, 19 octobre 1756. Affaires Étrangères. (3) Knyphausen à Frédéric, 21 octobre 1756. Correspondance politique, "1 vol. XIII, p. 581.

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