RICHELIEU A HALBERSTADT
singulière de grains dont les villages sont pleins, malgré tout ce que le roi de Prusse à emporté; mais on ne trouve plus ni chariots, ni chevaux, ni gens au-dessus de quinze ans, s'ils n’ont plus de soixante. »
A Halberstadt, on avait touché le point stratégique assigné depuis longtemps comme objectif à l’armée du Hanovre. Quelle suite devait-on donner au programme? Sur cette question les divergences étaient grandes entre le quartier-général sur les lieux, et le ministère à Paris. Le général en cher et ses principaux lieutenants estimaient que l''poque des hostilités était close ; le mouvement rapide de Closter Seven à Halberstadt avait dégagé les Impériaux et Soubise; le roi de Prusse avait été obligé de renoncer à son offensive et de revenir sur la Saxe; le but militaire avait été atteint, non sans fatigue et quelque désordre il est vrai. Demander plus à des soldats épuisés par des marches qui duraïent depuis cinq mois, ajourner le repos, aussi indispensable pour l'habillement et le recrutement des hommes que pour les finances des officiers de compagnie et pour la restauration de la discipline, serait ruiner l’armée et la réduire à l'impuissance pour la campagne prochaine. C'est dans ce sens que Richelieu s'exprime (1) à son ami Duverney : « Je vois l’armée perdue, sans pouvoir se rétablir pour ie printemps prochain où nous en avons besoin, si elle n'entre pas en quartiers d'hiver de bonne hevre. Je meurs de peur que l’on n'en sente pas assez la nécessité et que la cour de Vienne ne nous entraine. »
A Versailles, autour de Soubise, à Vienne surtout, on soutenait une opinion contraire. Suspendre les opérations au début de la mauvaise saison serait perdre les avantages acquis, abandonner au roi de Prusse la jouissance de territoires où il puiserait des ressources en hommes et en
() Richelieu à Duverney. Halberstadt, 3 octobre 1757. Correspondance
argent pour continuer la lutte. Un dernier elfort, qu'il semblait possible d'obtenir des troupes victorieuses de Richelieu, terminerait la gnerre, ou tout au moins porterait à l'ennemi un coup décisif en le forcant à évacuer là Saxe. Nous trouvons l'exposé de ces vues belliqueuses dans un mémoire remis à Stainville par les ministres de l'Impératrice. La pièce commencait par un calcul assez exact (1; des forces de l'adversaire. « Le roi de Prusse peut avoir encore 50 à 55,000 hommes en Silésie (40,000 hommes à peu près en campagne sous les ordres du prince de Bevern et le reste dans les garnisons). En Saxe il y aura tout au plus 28,000 hommes, en y comptant les garnisons de Dresde, Torgau et Wittenberg. L'on assure qu'il a détaché le prince Ferdinand de Brunswick avec un corps d’environ 8,000 hommes vers Halberstadt ou Magdebourg, et le prince Maurice de Dessau avec un autre corps d'autant vers Torgau, de façon que ces détachements supposés vrais, l'armée commandée par le Roi en personne ne passerait guère les 10 à 1°,900 hommes. Dans cet état des choses, voici ce que l'on croit que devrait être la besogne de chacune des armées alliées : L'armée de l'Impératrice, en vertu deses ordres, aura soin de combattre M. Le prince de Bevern, si elle en peut trouver l’occasion. Elle fera indépendamment de cela le siège de Schweidnitz; elle tâchera de s'emparer et de s'assurer du cours de l'Oder aussi loin qu'elle pourra; et de plus l’Impératrice est prête à concourir à la délivrance de la Saxe et de l’Elbe, avec un corps de 14,000 hommes qu'elle a laissé à cet eflet en Lusace (sous les ordres du général Marshall), dès que les opérations de M. le maréchal de Richelieu et de M. le prince de Soubise mettront le dit corps en état de pouvoir contribuer utilement à la réussite de cette expé-
dition. »
(1) Mémoiie remis à Stainville, 3 octobre 1757. Archives de la Guerre.
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(1) Pauir GUER
PLAN OFFENSIF PRÉPARE A VIENNE. 545 quil A l'effet de seconder Soubise et M:
farshall, trop faibles es de pour une a:tion isolée, Richelien devrait $se porter de porte- ‘ Malberstadt sur Torgau et faire mine de franchir l'Elbe. uer la Leite diversion, qui aurait Pour résultat soit la marche dans de Frédéric Contre l’armée de Hanovre, soit la retraite de Impé- ce prince au delà de l'Elbe, Permettrait à Soubisr de se AU joindre à Marshall et de S'emparer de Dresde, « peutavoir ètre même de Torgau et de Wittemberg. » Cela fait, « les FRE trois armées Pourraient avec sécurité aller OCCuper leurs le Be- quartiers d hiver, avec la satisfaction d’avoir terminé la à out “Mpagne de la facon du monde la plus Slorieuse et Ja ns . plus convenable Pour celle qui doit ]4 suivre. » En attaché
Ponse des généraux francais qu'on allait AE envi-
‘ations, le général Hadik 8, et iYec un détachement de 6,000 hommes empruntés au utant ” corps de Marshall, ferait une incursion dans le Branposés debourg, et Pousserait « s’il se Peut jusqu'à Berlin, ; pas-
Un projet dans lequel la Part prépondé it des |
rante, et partant la plus Scabreuse, était
attribuée aux armées francaises, ne SOENE devait pas être goûté à Versailles, où l'on se plaignait de irice, voir les lieutenants de l'impératrice sacrifier le Principal à HSE l'accessoire en abandonnant la Saxe pour courir à la con- 'a quête de la Silésie, Un extrait d’une lettre de Paulmy à , elle
Stainville nous édifiera sur les ’Oder À
sentiments du Bouvernement de Louis XV, « Les objets (1
) traités dans le mémoire que prète “ous m'avez envoyé pour l'évacuation de la Saxe sont assu- FAVEe | rément très importants; mais je présume que les réponses ellet que Vous recevrez de M. Je Maréchal de Richelieu ct de : Sue Y. le prince de Soubise ne seront P8S aussi satisfaisantes à M. le cet égard que vous Pourriez le désirer, La Saison est bien PS iVancée, l'armée de M. le maréchal de Richelieu bien fa expé-
tiguée, et nous sommes préventr:s qu'il trouve de l'impossibilité à aller plus loin qu'Halberstadt. Quant à celle de
Te. (1) Paulmy a Stinville, 17
octobre 1757. Archives de Vienne.
GUERRE DE SEPT ANs.
M. le prince de Soubise, comme elle vient d'être renforcée, nous espérons qu’elle forcera le roi de Prusse à repasser la Saale; mais pour le déposter de ses principaux passages sur l’Elbe, je ne crois pas qu'on puisse s'en flatter cette année, quelque désirable que sela fût, si le corps de M. Marshall n’est pas renforcé à la droite de l’Elbe au delà de 30,000 hommes. »
Si on était à peu près d'accord à Versailles pour repousser les plans grandioses de l'Impératrice et de ses conseillers, on eût cependant souhaité le maintien de l'occupation du pays d’Halberstadt. Deux hommes surtout, Duverney à la cour, Bernier à l’armée, tentèrent tout au monde pour faire prévaloir leur programme. Ce dernier, âme damnée du grand munitionnaire, confident de sa pensée secrète, était attaché à Richelieu en guise d’aide de camp et remplissait en réalité auprès de lui l'office de représentant du potentat de Paris. Quelques lignes d’un billet de Bernier permettent de se faire une idée des ménagements de Richelieu pour le personnage influent auquel il devait son commandement. La correspondai.ce entre Duverney et le maréchal, d'abord fort amicale, avait pris depuis quelque temps ur ton aigre-doux à la suite d’un dissentiment sur le mode de se procurer les approvisionnements de l’armée. Duverney, très autoritaire en ces matiéres, très froissé de l'opposition qu'il rencontrait, avait prétexté l'état de sa santé pour se désintéresser de l'affaire. Cela ne faisait pas le compte de Richelieu que cette retraite aurait privé d’un appui précieux en haut lieu. Aussi dans un entretien avec Bernier (1) proteste-t-il de ses bonnes intentions et fait-il amende honorable : « J'ai cru que l'on pouvait enlever les grains sans les payer, que c'était autant de pris; mais je vous jure sur mon honneur que cela n'a jamais été qu'une simple opinion; sans avoir de
(1) Bernier à Duverney. Wolfenbuttel, 26 septembre 1757. Papiers de Clermont, vol. XXXIII. Archives de la Guerre.
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