‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 285 sur 385 · CORRESPONDANCE DE RICHELIEU AVEC SOUBISE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE RICHELIEU AVEC SOUBISE

bute en annonçant la concentration de son armée à Halberstadt, et en expliquant l'impossibilité de détacher pendant la marche les renforts qu'aurait désirés Soubise. « Je suis ici, continue-t-il, avec 100 escadrons et 88 bataillons, au milieu: de plaines comme celles de Beauce, dans lesquelles il n'y a pas un poste; par conséquent tout combat qui se donnera dans un tel pays est purement affaire de cavalerie et comme au hasard, mais doit avoir les plus srandes suites pour celui qui ne sera pas vainqueur. C’est dans un tel terrain que l’ordre, la discipline et la précision des manœuvres ont tout l'avantage, et comme vous connaissez nos troupes et celles des autres, vous pouvez juger ce que l'on peut craindre avant de se compromettre à une bataille. Le roi de Prusse, en la perdant, a Magdebourg derrière lui et l'Elbe; je n'ai aucun poste, et seulement Brunswick et Wolfenbuttel dont la moins mauvaise de ces deux places ne pourrait arrèter plus de quatre ou cinq jours, dans l’état où elles sont encore. Reste à savoir si le roi de Prusse serait en état de venir se commettre aux partis extrêmes dont vous voyez l'avantage et le risque pour lui. » Richelieu évalue à 40,000 hommes les troupes que pourra réunir contre lui son adversaire, pèse les probabilités d'une offensive de se surt, et arrive à la conclusion qu'il ne faut courir la chance d'une affaire que sur les ordres positifs du Roi. « Je n’ai d’ailleurs rien recu qui me prescrive précisément ce que je dois vous envoyer, quoique tout le monde me l'annonce de Paris. Le Roi seulement me mande du 11 de ce mois : « Je ne suis pas si tranquille sur le corps de M. de Soubise, car l’on dit que le roi de Prusse marche à lui. Je voudrais donc que vous lui envoyassiez 18 ou 20 bataillons de ceux que vous avez à portée de lui, et les moins fatigués, avec 24 escadrons; cela le mettrait à l’abri des insultes de Sa Majesté prussienne, et ce corps pourrait vous être fort utile pour les préparatifs et l'exécution du siège de Magdebourg. » Les

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observations royales avaient été complétées par un mémoire de Paulmy qui déclarait « s’en rapporter aux moyens qu’il me serait possible de prendre ». Après ces citations le maréchal ajoute : « Vous voyez que les ordres que j'ai ne sont que très conditionnels, et par conséquent doivent changer comme les positions l'ont été. »

Richelieu termine par une proposition qui avait toute l’apperence sinon la réalité du désintéressement : « Il me pirait qu’il serait bien utile pour la cause commune, si le Roi juge que c’est votre armée qui doit être la plus décisive et la plus prépondérante, et que vous soyez en état de la porter en avant et de l’y faire subsister, que je vous envoyasse 50 ou mème 60 bataillons, avec autant d’escadrens, avec lesquels vous serez en état, si vous avez les moyens, de serrer le roi de Prusse, et moi je me retirerais derrière l'Ocker. » Une dernière réflexion su? la nécessité de conserver 35,000 hommes, tant à Halberstsdt que sur l’Ocker, nous permet de douter de la sincérité de l'offre si généreuse que venait de faire le commandant de l’armée ‘:u Harovre.

Dans une seconde dépèche Richelieu (1) est encore plus explicite. En premier lieu il fait un tableau navrant de état physique et moral de l’armée : « L’excès de sa misère et de son indiscipline, et les effets que tont cela produit, font naître des discours et un ton qui fait trembler; je n’en dis pas la dixième partie à la cour parce que c’est inutile, et qu'après avoir tenté et examiné j'ai vu que c'était irrémédiable por cette année. Mais vous iugez bien oue cela fait faire de furieuses réflexions; et après s'être tror.vé comme vous et moi le 11 mai 1745 (2) à la tête des meilleures troupes de France, nous devons savoir par là ce que c’est que le vertige des Français, et en même temps combien il est aisé de les faire passer d’une extré-

(1) Richelieu a Soubise. Halberstadt, 3 octobre 1757. Archives de la Guerre. (2) Allusion à une panique lors de la bataille de Dettingen.

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(1) Red Guerre.

(2) Gison Lettre par

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