MAUVAIS ETAT DE LA GRANDE ARMÉE
mité à l'autre. Tout cela m'a déterminé à penser que si vous où moi nous nous commettons avec le roi de Prusse sans des forces très supérieures ,.… il y a, je crois beancoup à risquer, beaucoup à perdre et rien à gagner. » L'avantage d'obliger les Prussiens à se retirer de l’autre côté de l’Elbe « n'est pas pioportionné aux risques qu’il y a à courir vis-à-vis d'une armée aussi en haleine , aussi aguerrie, et qui a à sa tête un homme comme le roi de Prusse; ainsi, Monsieur, je persiste de plus en plus dans mes idées... Faites bien vos réflexions à tout cela, après quoi j'acquiescerai à tout ce que vous me nroposerez; mais ne perdez pas de vue l'importance de conserver cette armée et d’en «voir une au printemps prochain. Songez à tous les soins que M. le maréchal de Saxe en avait à la fin des campagnes. »
Le raisonnement du maréchal était appuyé sur des arguments dont les événements prouvèrent la justesse; les paroles au sujet des dangers d’une rencontre en rase campagne éfaient presque une prophétie, dont la bataille de Rossbach allait bientôt démontrer le bien fondé. L'opinion de Richelieu ét-** d’ailleurs partagée par un grand nombre de ses surbordcnnés. Redmond, maréchal général des logis de la cavilerie, écrit (1) au ministre pour iui affirmer qu'une nouvelle campagne causerait la ruine des régiments. Gisors, dans sa correspondance intime (2) avec son père, exprime la même crainte : « Aujourd'hui nous voyons de loin la neige sur les montagnes, et il grèle dans la plaine; toute la nuit le vent a été si fort que je n'ai pu dormir; plusieurs tentes ont été abattues. Vous jugerez aisément que tout cela redouble l’envie d'entrer en quartiers d'hiver, et en vérité ce sera un grand malbeur,
(1) Redmord à Paulmy. Halberstadt, 29 septembre 1757. Archives de la Guerre.
(2) Gisors à Belleisie, 3 octobre 1757. Halberstadt. Archives de la Guerre. Lettre partiellement citée par Camille Rousset.