‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 289 sur 385 · DÉMORALISATION DES OFFICIERS · texte numérisé non relu

DÉMORALISATION DES OFFICIERS

puis dix ou douze jours un grand tiers des officiers qui sont malades, et auxquels il a fallu donner la permission de loger au quartier-général. Vous en avez beaucoup qui sont à l'hôpital et qui n’en sortent pas faute d'argent pour vivre.…. Si les circonstances ne vous permettent pas de prendre des quartiers, vous allez perdre la moitié de l’armée, tant en officiers qu’en soldats. » Pour comble d'infortune, l'eau du camp était mauvaise, le bois fort élaigné. « Voilà, Monseigneur, le tableau exact de l'infanterie, laquelle même, permettez-moi de ne pas vous le cacher, s’en prend à vous de la longueur de la campagne, attendu que M. le maréchal d’Estrées, le lendemain de la bataille d'Hastenbeck, avait dit à la tête de l’armée que nous prendrions nos quartiers au plus tard le 5 septembre. Toute cette misère occasionne beaucoup d'indiscipline, et si l'officier ne tolère pas la maraude, peu s'en faut; il ne faut pas se flatter qu’on puisse mettre l’ordre que vous désirez... que quand ils seront dans les quartiers d'hiver, on ne se sentira plus de la misère, et que les officiers vivront à leur aise. »

Presque à la même date, Gisors dans une iettre à son père (1) confirmait le rapport du major-général sur les embarras financiers et le découragement des officiers de troupes : « Ce qui est affreux, c’est qu’il y a 23 commandants de bataillons qui ont envoyé leur démission à la cour. » En résumé, à l’armée de Richelieu, tout le monde, depuis le général en chef jusqu’au simple soldat, avait assez de la campagne et souhaitait le repos des quartiers d'hiver. |

Mais où seraient-ils ces quartiers après lesquels tous aspiraient? Conserverait-on Haiserstadt, ou se retirerait-on sur l'Ocker? Cette question, vivement contestée comme nous l'avons vu, n’était pas encore définitivement tranchée. Pour l'heure, il fallait encore songer aux opérations

(1) Gisors à Belleisle. Ochserleben, 3 octobre 1757. Archives de la Guerre,

militaires dont la continuation était vivement réclamée par les cours de France et d'Autriche.

A cette époque de l’année 1757, les apparences étaient des plus propices. Sans doute à Versailles, on ne pouvait pas ignorer les tableaux lugubres que traçaient de l'état des troupes les correspondances venues du camp de Richelieu ; mais on se consolait facilement de tristes détails, d'appréciations qu'on se plaisait à croire trop poussées au noir, en passant la r:vue de la situation générale, en pensant à la retraite des Prussiens de Bohème, à la conquête de l'Allemagne du nord, à la mise hors de combat de l’armée de Cumberland, à la victoire des Russes, aux succès récents des Autrichiens en Lusace, à l’entrée en scène des Suédois. Malgré son génie, Frédéric, déserté par ses alliés, délaissé par la fortune, écrasé par la supériorité de ses ennemis dont le cercle se rétrécissait autour de lui, serait bientôt aux abois; un effort de plus, et la victoire dont on avait déjà recueilli les prémices deviendrait complète.

Nous avons laissé les Autrichiens du prince Charles de Lorraine retranchés sur les hauteurs de Zittau, et bien déterminés à ne pas sortir de leur position pour livrer la bataille que Frédéric lenr offrait. Rien de plus monotone que la correspondance journalière avec Empereur et l'Impératrice; la consigne donnée avait été de ne rien risquer; le Prince la rappelle à tout propos; il se défend de toute initiative, de toute responsabilité ; avec cela bienveillant pour ses inférieurs, désireux de vivre en bonne intelligence avec le feld-maréchal Daun dont il critique en termes voilés l’excessive prudence, au demeurant brave homme mais général incapable. Vers la fin d'août le départ de Frédéric lui donne quelque ressort : « J'ai grande envie (1) de tenter quelque chose, mais tout ce que j'ai

, (1) Prince Charles à l'Empereur, 29 août 1757. Archives de la Guerre, Vienne.

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