LENTEURS DE LA COUR DE VERSAILLES
prompte solution que désiraient Marie-Thérèse et son ministre. Le premier feu de l'indignation passé, on était revenu dans le conseil à l’hésitation et à l’indécision ordinaires. «Depuis mes dernières dépèches, écrit Stahremberg (1), l'on n'a fait ici guère de chemin dans le concert sur les différentes mesures à prendre, ni dans l'exécution de celles qui avaient été prises. L'abbé de Bernis est malade, le maréchal de Belleisle absent (2), et toutes les affaires roulent sur M. Rouillé qui, toujours irrésolu, toujours timide et toujours soupconneux... , jaloux de son autorité, et empressé de saisir toutes les occasions qu'il peut trouver pour agir de son propre chef, entrave toutes les affaires et n’en achève aucune. » C'est cn vain que l’ambassadeur veut presser le départ du chevalier de Folard (3) et de Blondel auxquels ox avait confié une mission auprès des cours allemandes, c’est en vain qu'il insiste « pour qu’on sonnât le tocsin dans toute l’Europe ». Les instructions de Folard ne sont pas prètes ; Blondel (#4) a des prétentions inadmissibles et « se conduit fort mal. » En un mot, on ne fait presque rien, et le peu qui se fait ne se fait que très imparfaitement. L’ autrichien a cependant obtenu de Rouillé l'envoi à Varsovie d'instructions pour facili- {er la marche des Russes en Pologne. « Votre Excellence verra quels sont à cet égard ses sentiments, ou plutôt ceux de son commis M. Tercier {5) qui probablement a rédigé ce
(1) Stahremberg à Kaunitz, 22 septembre 1756. Archives de Vienne.
(2) Belleisle était parti dès le commencement du mois pour faire une tournée des côtes dont il avait le commandement.
(3) Ministre de France en résidence à Munich, accrédité auprès des princes du sud de l'Allemagne.
(4) Blondel, après avoir occupé des postes secondaires en Allemagne, avait élé chargé d'affaires à Vienne en 1749 et 1750 ; tombé en disgrâce comme trop favorable à l'Autriche, il venait d'être nommé conseiller d'Etat sur la recommandation de Stahremberg. Mécontent de n'être pas envoyé à Vienne, il refusa la mission qui lui avait été proposée dans l'Allemagne du sud.
(5) Tercier, commis aux Affaires Etrangères, était initié à la diplomatie secrète de Louis XV. Ses vues sur la politique française en Pologne étaient fort différentes de celles de Stahremberg.
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mémoire. I] suffit d'y donner un coup d'œil pour voir que celui qui l'a rédigé n’est pas au fait du système général des affaires et des mesures qui ont déjà été prises par rapport à la Russie. »
En parlant ainsi, Stahremberg faisait allusion à un arrangement conclu avec le ministère français vers la fin d'août (1), et d’après lequel celui-ci s'était engagé à rembourser les avances que l’Impératrice aurait jugé nécessaire de faire à Pétersbourg pour activer la mobilisation de l’armée russe. Le gouvernement de Louis XV, en acceptant cette charge, avait cédé à la crainte de voir la Tzarine se joindre à l'Angleterre et à la Prusse; mais en se rapprochant de la Russie, et en renouant avec cette puissance les relations diplomatiques si longtemps interrompues, il n’entendait aucunement renoncer en Pologne à sa politique traditionnelle dont la caractéristique était précisément l’antagonisme à l'influence moscovite. De cette contradiction, entretenue par lesinstructions du département, naissaient des conflits incessants; le langage de la diplomatie française à Varsovie, comme nous le verrons souvent dans le cours de ce récit, n'était pas d'accord avec celui que l’on tenait à Paris, à Vienne et à Pétersbourg ; nous entendrons de la part des ministres de l'Impératrice des plaintes répétées à ce sujet.
De ses déboires avec Rouillé, Stahremberg se console en confiant ses doléances à M"° de Pompadour avec laquelle il avait eu une longue conversation (2), la première depuis les événements de Saxe. « Les dispositions dans lesquelles je l'ai trouvée sont plus favorables que jamais »; la marquise reconnaissait l'insuffisance du ministre des Affaires Etrangères; « malheureusement, l'abbé de La Ville à qui il 5e fiait entièrement était gagné, et pour me servir de ses
(1) Stahremberg à Kaunitz. Annexe à la dépêche du 29 août 1756. Archives de Vienne.
(2) Stahremberg à Kaunilz, 22 septembre 1756. Archives de Vienne.