PLAN D'OPÉRATIONS RÉDIGÉ PAR MONTAZET
major, aucune espèce d'ordre, en un mot la machine va par habitude et sans savoir comment; l'exécution d'un projet combiné serait presque impossible, par la difficulté de trouver des ouvriers qui le fassent exécuter. Aussi tout ce que j'ai le plus désiré depuis que j'ai bien examiné et approfondi les choses, a été de voir l'ennemi venir nous attaquer, persuadé qu’en prenant de bonnes positions et les faisant connaitre aux troupes, elles y combattraient avec confiance et avantage, surtout n'étant pas obligées de faire des manœuvres difficiles devant l'ennemi. » Cependant la longue inaction de l’armée avait ému les esprits à Vienne. À un conseil tenu 1 17 août (1), en présence de l'Empereur et de l'Impératrice, il fut décidé, sur la propostion de Kaunitz, d'inviter le prince Charles à prendre l'offensive, et même à risquer une bataille après accord préalable avec Daun et si les circonstances étaient propices. Pour répondre aux désirs de la cour, Montazet qui, aussi fin diplomate que brillant militaire, avait conquis la confiance des deux généraux, fut chargé de rédiger un mémoire (2) sur les opérations à accomplir. Il calcule que les Prussiens ont en Saxe 70,000 hommes auxquels on peut opposer 94,000 Autrichiens en première ligne, appuyés par 18,000 Bavarois, Wurtembourgeois et Autrichiens en marche pour rejoindre, et les 6,000 de la division Jaunus en Silésie. Trois partis s'offrent au choix : livrer bataille sur les lieux à l’ennemi, faire une diversion en Silésie avec 40,000 hommes en maintenant la fraction principale de l’armée en Saxe, ou marcher sur la Silésie avec le gros, re laissant qu’un corps détaché pour surveiller les mouvements du Roi. L'auteur ne se prononce pas, mais il laisse deviner ses préférences pour la troisième solution. Le rapport, qui s’inspirait évidemment des vues du Prince et du maréchal, fut expédié à Vienne. (1) Arneth. Marie-Thérèse, vol: V, p. 222 et suivantes.
(2) Mémoire de Montazet, 25 août 1757. Archives de la Guerre,
Un projet dont l’objet principal était l'invasion de la Silésie devait rencontrer une grande opposition de la part de l'ambassadeur français (1). Tandis que l’Impératrice cédait à l'attraction qu'exerçait sur elle la province perdue, les autorités militaires de Versailles attachaient avec raison à la possession de la Saxe une importance capitale; elles auraient voulu voir les Autrichiens joindre leurs efforts à ceux d'Hildburghausen et de Soubise pour reconquérir l'Électorat. A titre de transaction, et convaincu de l’inutilité de s'élever contre le siège de Schweidnitz que là cour de Vienne désirait depuis longtemps, Stainville avait en dernier lieu insisté pour que le prince Charles fit un détachement de 30,000 hommes sur Dresde, à l'effet d'empêcher Frédéric de marcher contre Soubise. Il ne put rien obtenir de Kaunitz qui couvrit son refus en prétextant l'absence de Leurs Majestés Impériales parties pour un pèlerinage à vingt lieues de Vienne.
Entre temps, malgré les maladies, les embarras de vivres et les brouillards intenses dont il est souvent question dans les bulletins princiers, l’armée autrichienne quitta Zittau où elle avait séjourné plus de six semaines: le 5 septembre elle était en face du duc de Bevern à Gorlitz, et le surlendemain elle livrait le combat heureux de Môys. Les Prussiens étaient à cheval sur la Neisse, Bevern avec le gros sur la rive gauche dans une forte position, Winterfeldt avec sa division sur la rive droite. Le prince Charles profita de sa supériorité numérique et du fractionnement de l'adversaire pour attaquer Winterfeldt dont les cantonnements, très en l'air, se prétaient à une surprise. L'affaire fut bien menée. A la faveur de la brume et sous le couvert des bois, les Impériaux, conduits par Nadasdy et le duc d’Arenberg, tombèrent sur les avant-postes prussiens avant que leur marche eût été
(1) Stainville à Bernis, 12 septembre 1757. Archives des Affaires Étrangères. Stainville à Bernis, 14 septembre 1757. Filon, Ambassade de Choiseul.
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