‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 292 sur 385 · COMBAT DE MOYS · texte numérisé non relu

COMBAT DE MOYS

éventée; le village de Môüys et la colline du Jükelsberg furent enlevés par les régiments wallons. Winterfeldt était à Gorlitz au commencement de l’action: il accourut au feu et essaya en vain de regagner le terrain cédé; il fut blessé mortellement et ses soldats repoussés. Cinq canons, sept drapeaux et quelques centaines de prisonniers, parmi lesquels plusieurs officiers supérieurs, furent les trophées des vainqueurs qui achetèrent leurs succès au prix de 1,500 tués et blessés. Les Prussiens eurent environ 2,000 des leurs mis hors de combat où manquants; mais le coup le plus sensible fut la mort de Winterfeldt. En lui, Frédéric perdit un ami personnel, un serviteur dévoué dans le jugement duquel il avait la plus grande confiance; en le plaçant à côté de Bevern, il avait voulu adjoindre à ce dernier un lieutenant dont l'expérience et la fermeté corrigeraient les: hésitations de son chef..Il est fort douteux que la présence de ce mentor fût agréable à Bevern qui devait se rappeler les incidents de la retraite de Bohème, la disgrâce du prince de Prusse et le rôle équivoque joué par Winterfeldt dans cette occurrence.

Livré à ses propres inspirations, Bevern se décida à abandonner la Lusace, à sacrifier ses communications directes avec le Roi, et à se consacrer à la défense de la Silésie que les opérations de l'ennemi semblaient viser. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, il évacua, non sans quelque désordre, son camp de Gorlitz, et après une marche non interrompue de seize heures, arriva à Schutzenhagen, où il rallia la division Winterfeldt passée aux ordres de Fouqué. Les jours suivants les Prussiens continuèrent leur route sans autre entrave que des escarmouches avec les Croates et les pandours du prince Charles, et vinrent camper le 12 septembre à Bunzlau où ils firent un séjour consacré au repos des hommes, à la préparation des vivres et à la reconstitution des cadres. La nouvelle que les Impériaux allaient occuper Goldberg, et la crainte

de se voir devancer sur la Katzbach, déterminèrent Bevern à reprendre son mouvement; il gagna à marches forcées Liegnitz où ii parvint le 18 septembre.

De scn côté, en apprenant l'évacuation de Gorlitz, l'armée autrichienne s'était dirigée sur la Silésie par an itinéraire à peu près parallèle à celui des Prussiens. Le prince Charles avait laissé en Lusace un corps de 10,000 réguliers et quelques troupes légères sous les ordres des génraux Marshall et Hadik; avec le reste de ses forces il avait manœuvré de manière à protéger les débouchés de la Bohème d'où il tirait ses approvisionnements, et à éloigner l'ennemi de la forteresse de Schweïdnitz dont il se proposait de faire le siège. À en juger par ses lettres quotidiennes à l'Empereur, il ne paraît avoir visé que cet objectif restreint, et n'avoir pas songé à profiter de sa supériorité pour écraser son adversaire. De Jauer, où était son quartier-général le 18 septembre, il écrit (1): « Nous sommes arrivés à Jauer aujourd'hui par une pluie affreuse et une marche terrible, au point que notre arrière-garde n'est point encore arrivée, quoi qu'il soit déjà neuf heures. Comme. voilà trois inarches de suite, et toutes trois assez longues, demain nous ferons rastag (sic) et chanterons le Te Deum pour les Russes (2). Dieu merci, notre communication par Landshut en Bohème se trouve déjà couverte, et même j'espère, après avoir reconnu le pays, que dans peu je couvrirai Schweidnitz. »

Après quelques jours passés à « s'orienter » dans un pays qu'il ne connaissait pas, le prince Charles détache Nadasdy pour commencer l'investissement de Schweidnitz, et parle de prendre l’offensive avec le gros de l’armée. « Nous avancerons (3) demain devers Liegnitz, et si l’en-

(1) Prince Charles à l'Empereur, 18 septembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.

(2) A l'occasion de la victoire de Gross Jägersdorf.

(3) Prince Charles à l'Empereur. Jauer, 23 septembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.

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