LES AUTRICHIENS EN SILÉSIE
nemi nous y attend, je compte marcher tout de suite le lendemain pour lui couper le chemin de Breslau, et voir si nous ne pouvons pas l'attaquer. Mais je doute qu'il nous attende et je crois qu’au premier mouvement il tâchera de gagner Breslau. Enfin nous ferons tout ce que nous pourrons pour le joindre, mais son corps étant bien plus petit que le nôtre il peut marcher de façon que nous ne pouvons pas le joindre. »
Il y a tout lieu de croire que les velléités batailleuses du Prince lui avaient été inspirées par Montazet, revenu tout récemment de Vienne avec ies instructions de l’Impératrice. Cet officier s'était fort bien <omporté au combat de Müys (1), et avait réussi à faire partager aux généraux autrichiens la bonne opinion qu'il avuit de lui-même : « Dans cette affaire (2) j'ai eu le bonheur de faire dire du bien de moi dans toute l’armée... Arrivé au pied du retranchement qui heureusement ne valait pas grand chose, et voyant que les troupes, qui essuyaient un feu très vif de mousqueterie, borguignaient un peu à sauter dans le retranchement, je fis sauter mon cheval sur le parapet; j'entrai avec le premier grenadier dans l'ouvrage et nous décidâmes par là la victoire en notre faveur. » A la suite de cette action d'éclat, Montazet fut envoyé avec le rapport de l'affaire à Vienne ; il y eut des entrevues avec Kaunitz et une audience de l'Impératrice, qui lui donna mission d'exprimer aux généraux son désir d'opérations plus énergiques. « Je partis donc, écrit-il (3), sans perdre un instant et courus nuit et jour pour rejoindre l’armée, persuadé que je la rencontrerais à la poursuite de l'ennemi; mais je la trouvai au contraire allant à toutes
(1) Hautmont au ministre. Schônau, 7 septembre 1757. Archives de la Guerre.
ne Montazet au ministre. Vienne, 11 septembre 1757. Archives de la uerre,.
(3) Montazet au ministre. Comesse, 29 septembre 1757. Archives de la Guerre.
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jambes en Silésie, n’ayani d'autre objet que de faire le siège de Schweïdnitz. En conséquence elle cheminait en longeant les montagnes qui séparent cette province de la Bohème, abandonnant même le meilleur pays à l’ennemi. Je pris la liberté de faire des représentations à Son Altesse Royale en mettani pied à terre, sur la direction de sa marche. »
Au camp de Jauer où il avait rejoint le 18 septembre, Montazet, fort de l'autorité morale que lui donnait sa conversation récente avec la souveraine, suggéra l’idée d'aller à Liegnitz à la rencontre de Bevern pour le combattre s'il conservait cette position, et pour couper les communications entre l’armée prussienne et la ville de Breslau : « Son Aitesse Royale se rendit à mes représentations avec d'autant plus de facilité que ce qne je lui proposais avait été sa première idée. »
On se porta en effet sur Leignitz où Bevern avait rassemblé ses forces et où il se maintint jusqu'au soir àu 26 septembre. D'après le commissaire français (1) qui avait préparé un plan d'attaque proclamé infaillible, il eût été facile de forcer les ‘ignes des Prussiens; on perdit « deux jours entiers à lambiner, » puis on voulut faire précéder l'assaut d’une canonnade qui ne produisit pas grand effet. « Malheureusement la nuit leur à servi pour faire leur retraite, et ils nous ont abandonné Leignitz qui est une des grandes villes de la Silésie, et que nous n’aurions pas pu prendre sans ouvrir la tranchée, s'ils avaient bisn voulu y laisser seulement deux bataillons pour la défendre. » Malgré ce succès Montazet est bien découragé : « Nous marchons demain vers Breslau, et nous aurions dù le faire aujourd’hui dans toutes les règles, mais cette armée manque des moyens principaux pour la faire mouvoir avec célérité. Presque personne
(1) Montazet à Paulmy. Camp devant Liegnitz, 27 septembre 1757. Archives de la Guerre.
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BELLE RÂTRAITE DE BEVERN. b67
pour reconnaitre le pays, pour marquer des camps, pour préparer des marches. »
Les Impériaux se mirent en route sur la capitale de la Silésie, mais avec un flegme qui met Montazet (1) au désespoir : « J'ai fait tout ce que j'ai pu, dès cet instant, pour faire marcher l’armée à toutes jambes sur Breslau… Tout cela a été goûté et approuvé de nos deux chefs; mais malgré cela, nous allons si doucement que je suis persuadé que les ennemis arriveront à Breslau avant nous, et qu'ils nous disputeront le passage de l’'Oder.. Je dois rendre justice à Son Altesse Royale; elle m'écoute avec la plus grande bonté; elle veut souvent faire exécuter ses idées et les miennes; mais je ne sais, il y a dans cette armée une lenteur et un défaut de moyens pour agir avec prestesse, qui dénature les meilleurs projets. »
Nouvelle lettre de Lissa le 2 octobre (2) : « Nous arrivâmes ici hier; les ennemis arrivèrent en même temps que nous à Breslau, passèrent l’Oder et se campèrent en avant de cette ville... Les deux armées sont à peu pres à une petite demi-lieue de France l’une de l’autre, et ne sont séparées que par le ruisseau de Lohe que nous gardcns chacun de notre côté... Je pense qu'il serait nécessaire de les attaquer, car si nous ne batton: pas cette armée avant que le siège de Schweidritz ne commence, je suis persuadé que le roi de Prusse viendra ici dans le courant de ce mois, et qu’il nous donnera une bataille avant ja in de notre opération. »
Dans les dépèches (3) du prince Charles, nous trouvons la confirmation des assertiors de son conseiller français : « A sept heures du soir me vient la nouvelle que l'ennemi est
(1) Montazet à Paulmy. Cameese, 29 septembre 1757. Archives de la Guerre. (2 Montazet à Paulmy. Camp de Lissa, 2 octobre 1757. Archives de la Guerre.
(3) Prince Charles à l'Empereur, 29 septembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne,
déjà passé Stieben et continue sa marche devers Breslau, si bien que voilà dix-sept heures qu’il marche sans s’arréter, et hier dix heures, si bien que voilà vingt-sept heures qu'il marche ne s'étant arrêté que six heures à Dibau pour faire les ponts, et je ne sais pas encore où il s'arrêtera. Si nous pouvons, nous marcherons encore demain, quoique ce soit le troisième jour, mais s’il continue à marcher vomme cela nous ne le joindrons pas. » A lire ces lignes où se révèlent à Ja fois la bonhomie passive et la méciocrité hésitante de l'écrivain, on se prend à partager l'impatience et le découragement du vif ct infatigable Montazet.
Pendant que le général autrichien poursuivait, sans conviction et sans foi dans le succès, son mouvement vers Breslau, le prince de Bevern, grâce à une manœuvre dont on ne saurait trop louer la conception hardie et la prompte exécution, devanca son adversaire dans la course vers l'objectif commun. Parti de Liegnitz dans la nuit du 26 au 27 septembre, il déroba sa fuite en descendant rapidement le cours de la Katzbach, franchit l’Oder, et gagna Breslau en remontant la rive droite de ce fleuve; puis, traversant la capitale de la Silésie, établit son armée entre les murs de la ville et les bords de la Lohe. Quand les Autrichiens débouchèrent à Lissa le 2 octobre, ils trouvèrent le corps de Bevern leur barrant la route. D'anrès une anecdote reproduite par le récit (1) de l'état-major prussien, le prince Charles en découvrant les lignes de l'ennemi aurait jeté sa longue-vue, et réprimant son dépit avec peine aurait même décidé l'attaque immédiate.
De sette impétuosité, si contraire au tempérament da commandant en. chef, il n'existe aucune trace dans la correspondance du quartier-général autrichien. Si une idée pareille germa dars l'esprit du Prince, elle dut s’évanouir
(1) Histoire de la Guerre de Sept Ans, par l'État-maior prussien, Vol. [, p. 404.
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