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L'ARMÉE RUSSE

de ses amis à la cour de Pétersbourg et sur l'hésitation inhérente à tout mouvement de l’armée moscovite. En etfet, en dépit des invitations répétées de la Tzarine, rien ne pus être accompli pendant les mois d'hiver; et au moment où les Prussiens envahirent la Bohème, rien encore ne faisait prévoir une prompte entrée en campagne des Russes. Frédéric prit ses dis sositions en conséquence; il affecta à l'entreprise principale contre l'Autriche le gros de ses forces, et ne laissa au feld-maréchal Lehwaldt, pour la défense de la Prusse orientale, qu'un corps de 26 bataillons et 50 escadrons, composé en partie de troupes de qualité inférieur’ , et fort d'environ 28,000 hommes et de 6% canous.

À en juger par sa correspondance avec son lieutenant, le Roi ne tenait pas en grande estime les soldats qu'il allait avoir à combattre; jusqu'alors les Russes ne s'étaient mesurés que contre les bandes indisciplinées des Turcs et contre les faibles effectifs des Suédois. Malgré les efforts des militaires étrangers que Pierre le Grand et ses successeurs avaient attirés chez eux, l’armée de la grande puissance du nord était très arriérée à beaucoup d’égards. L'officier du rang n'avait ni instruction, ni expérience; l'état-major, aussi ignorant qu'incapable, ne pouvait suppléer aux fautes du commandement; les services auxilaires étaient à créer; le troupier, brave, sobre, obéissant et dévoué, n'était pas exercé à des manœuvres que ses chefs d’ailleurs n'auraient pas su lui enseigner.

L'ambassadeur francais, le marquis de Lhopital, en route pour rejoindre son poste de Pétersbourg, fit au cours de son voyage une visite au quartier-général moscovite ; l’un de ses attachés, M. de Fougières nous a laissé ses impressions (1). « Ce que j'ai vu de ces troupes est en très bon état; des hommes grands, robustes et vi-

(1) Fougières à Paulmy, 5 juin 1757. Archives de la Guerre.

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goureux, tous avec des moustaches, et pour la plupart postiches d’un cuir bien ciré et bien noir; d'ailleurs bien vêtus, bien guêtrés en toile blanche pour la parade et en petites bottes pour la marche; mais très mal chaussés avec des talons à leurs souliers et à leurs bottes de près de 3 poulées de haut, qui les font marcher mal et les rendent presque tous cagneux. L'uniforme de toute l'infanterie est habit vert et veste rouge, et parements rouges... On a ‘fait prendre les armes à deux régiments pour les faire voir à M. l’ambassadeur; leur'position m'a paru raide et guindée et les jambes trop écartées sous les armes ; ils font cependant bien le maniement des armes en général, mais on m'a dit qu’ils ne connaissaient aucune évolution , pas même le quart de conversion , et je ne leur ai vu faire aucune manœuvre qu’un bataillon carré qui se fit de deux régiments entiers, et où je n’aperçus que beaucoup de confusion. Si toute la cavalerie ressemble au régiment de cuirassiers qui est ici, elle est belle, bien montée et aussi bien tenue que l'infanterie... Les deux régiments de hussards que nous avons vus sont aussi fort beaux. Les Kalmouks et Cosaques sont d’une espèce un peu différente des autres hommes, des visages et des nez pour la plupart très plats, des peaux très olivâtres, des yeux très petits, coiffés et habillés à la polonaise, les uns de rouge, les autres de bleu, armés d’une lance de 12 pieds au moins de long en bois et un pied de fer, les uns avec des mousquetons, les autres sans mousquetons, avec un pistolet à la ceinture et des sabres suspendus à la polonaise. »

Voici en quelstermes l'Hôpital s’exprime (1) sur le compte de ces irréguliers qui faisaient leur première apparition sur les champs de bataille européens : « Nous eûùmes ensuite pour divertissement la caracole des hussards, des

(1) Lhopital au ministre. Schadow, 7 juin 1757. Archives des Affaires Etrangères. Russie 17.

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