‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 299 sur 385 · BATAILLE DE GROSS-JAGERSDORF · texte numérisé non relu

BATAILLE DE GROSS-JAGERSDORF

revenir en arrière, Il était neuf heures; à ce moment la réserve du général Roumiantsof, qui n'avait pas encore tiré un coup de fusil, vint prendre part au combat et se jeter sur les Prussiens, fatigués par leur marche de nuit et épuisés par une lutte qui avait déjà duré quatre heures, ce retour offensif de l'armée d’Apraxine décida l'action en sa faveur. Lehwaldt dégagea comme il put ses troupes au champ de bataille, couvrit sa retraite avec les escadrons de Schorlemer, repasse le Pregel et s'établit près de Wehlau sans être poursuivi. Il laissa au pouvoir de l'ennemi 28 canons et quelques centaines de prisonniers; sa perte totale se monta à 4,500 hommes hors de ccinbat, parmi lesquels le major de Goltz.

bu côté des Russes on compta, d’après l'historien (1) Masslowski, 1,449 tués et #,49% blessés: des généraux avaient été tués et 7 blessés. En résumé, l'affaire de Jüsersdorf fut une bataille de soldats dans laquelle le commandement ne joua qu’un rôle très effacé; elle mit en lumière les qualités de solidité et de ténacité des fantassins moscovites. À moitié surpris par la brusque attaque des Prussiens, exposés aux assauts d’une cavalerie admirablement conduite, mal dirigés ou abandonnés à eux-mêmes, ils se cramponnèrent au terrain et se firent tuer sur place plutôt que de céder; la résistance passive mais opinâtre des régiments de Lapoukhine, donna le temps aux renforts de Roumiantsof d’arracher la victoire un instant compromise. À partir de l’action de Gross-Jägersdorf, les cours européennes comprirent qu'elles devaient compter avec là puissance militaire des Tzars.

Apraxine, qui sur le champ de bataille n'avait montré ni sang-froid, ni coup d'œil, ne sut pas profiter du succès que lui avait valu la bravoure de ses soldats; il séjourna plus de deux jours à Gross-Jägersdorf, ne s'ébranla que le 2 septembre, atteignit Allenburg, puis à l'approche de

(1) Cité par Rambaud.

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Lehwaldt, se retira à Insterburg. Après quelques jours d'arrêt auprès de cette ville, les Russes continuèrent leur mouvement rétrograde sur Tilsitt où ils parvinrent le 23 septembre ; de là ils gagnèrent Memel, et après avoir laissé une garnison dans cette place, repassèrent en Courlande dans la dernière quinzaine d'octobre.

Cette fin de campagne si inatiendue provoqua les représentations ies plus énergiques du commissaire autrichien, le général Saint-André, qui insista vainement pour une pointe sur Künigsberg. Frédéric lui-même s'attendait à une opération de ce genre et avait interdit à son lieutenant de défendre la capitale de la province. « Vous jeter dans Kôünigsberg (1) avec votre corps d'armée serait tout perdre... mieux vaudrait risquer une autre affaire que cela. » Tout d’abord il ne peut pas croire (2) au recul des Russes et soupçonne quelque ruse de leur part; puis, quand la n: uvelle se confirme, il attribue leur retraite aux avis qu'ils auraient reçus de la mort d'Élisabeth, et enjoint à Lehwaldt, le cas échéant, de demander au général moscovite un passe-port pour l'envoi d’un officier à Pétersbourg.

Faut-il expliquer l'action d'Apraxine par le piteux état de son armée, ou par les instructions secrètes du chancelier Bestushew agissant de concert avec le Grand-Duc et la Grande-Duchesse? Que les Russes eussent beaucoup souffert du manque de vivres et de fourrages, que leurs services administratifs, fort imparfaits dès le début, aient été complètement désorganisés dans le cours de la campagne, cela est incontestable. « Tout prouve à cette armée, écrit Vietinghoff (3), combien peu ils sont militai-

(1) Frédéric à Lehwaldt, 6 septembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 332.

(2) Frédéric à Lehwaldt, 21 et 23 seytembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 361 et 365.

(3) Victinghoff à Paulmy, 24 septembre 1757. Archives de la Guerre.

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