‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 300 sur 385 · SSÉ · texte numérisé non relu

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Un officier autrichien fait un tableau (1) détaillé des horreurs de la retraite : « Je n'ai jamais vu de troupes si délabrées. À deux lieues de là, je rencontrai les éauipages qui défilaient en deux colonnes sans qu'il parût que l'armée eût intention de les suivre. Une quantité de malades qui se trainaient et tombaient, en partie morts, à droite et à gauche, une multitude de maraudeurs dispersés, trois hommes au moins pour escorter bœuf ou vache, me fit croire que toute l’armée était confondue aver les équipages et les bestiaux. Je trouvai cependant l’armée campée à deux lieues de là... J'ai vu avec horreur les malades qui gémissaient sur l'herbe, sans tentes et sans couvertures ; toutes les places étaient pleines de ces malheureux hommes abandonnés de tout secours. Quelle impression cela ne devait-il pas faire à leurs camarades! Le service journa'ier de l’armée ressemble à tout le reste. Le maréchal ne s'est jamais donné la peine d'aller reconnaitre la position de l'ennemi, et les généraux l'imitèrent scrupuleuseinent; on n'a jamais eu que des nouvelles fausses de la situation et de la marche des ennemis. Avoir des détachements et des gardes en avant de l'armée sont des choses inconnues; on se fie sur les Cosaques et les Kalmouks qui d'ordinaire ne servent qu’à piller. »

(1) Reiïation d'un officier envoyé par Esterhazi. Archives de la Guerre. Citée par Rambaud.

Apraxine, à en croire ses dépèches (1), n'avait pas l'intention de dépasser Tilsitt et parlait mème de reprendre l'offensive après un repos de quelques jours sur le Niemen: mais s'il faut s'en rapporter aux appréciations de Vietins- ‘hoff, une opération de cette nature eût été impossible. « On dirait une armée de bandits, écrit-il à Broglie (2); personne ne pense plus à faire son devoir. Tout le mnonde parait dégoûté du métier; le soldat fait ce qu'il veut; tous les crimes sont impunis; on ne voit que pillage, ruine et destruction. »

Mais si le triste état des troupes fut la cause déterminante de sa rentrée en Courlande, il est difficile d’admettre qu’Apraxine ne fut pas influencé dans son premier mouvement rétrograde par les avis secrets qu’il reçut de Pétersbourg. Il n'ignorait pas la mauvaise santé de sa souveraine et était pleinement édifié sur les vues politiques de son héritier. Qu'il ait agi par incapacité ou politique, il fut, non sans apparence de raison, eu buue aux accusations des cours de Vienne et de Versailles, et aux attaques plus redoutables de l'entourage de la Tzarine.

A Pétersbourg, la nouvelle de la bataille de Gross-Jägersdorf avait été accueillie avec enthousiasme; aussi quand on apprit la retraite précipitée de l'armée victorieuse il y eut un tolle universel contre le maréchal. Ce courant d'opinion, interrompu par une indisposition sérieuse d'Élisabeth vers la fin de septembre, se déchaina de plus belle quand on fut rassuré sur l’état de l’Impératrice. Bestushew lui-même fut le premier à se retourner contre 13 le malheureux général. « Nous sommes, écrit Lhopital

(1) Rambaud, Russes et Prussiens, chapitre v.

(2) Vietinghoff à Broglie. Memel, 18 octobre 1757. Affaires Etrangères. Russie. 1756-1767.

(3) Lhopital à Broglie, 23 septembre 1757. Affaires Étrangères. Russie. 1756-1757. Supplément 9.

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