LEHWALDT DIRIGE CONTRE LES SUÉDOIS
dans ({) une consternation inexprimable sur tout ce qui se passe. La conduite de M. Apraxine est un tissu d’inconséquences et d’ignorance, qui, après avoir produit la défection de plus de la moitié de l'armée, l'oplige aux manœuvres les plus indécentes pour les armes de l'Impératrice. La fermentation est ici très grande, et l’on est persuadé que l'Impératrice ôtera le commandement de son armée à M. le maréchal Apraxine. » Peu de jours après son retour, le 28 octobre, le général en chef fut en effet destitué, appelé à Pétersbourg et traduit devant une cour d'enquête.
La campagne des Russes était terminée: elle leur avait coûté près de 30,000 hommes; de leurs conquêtes éphémères ils n'avaient gardé que la ville de Mémel. Quant à Frédéric il n’attendit pas l'évacuation complète de la Prusse orientale pour mettre à profit le départ inespéré de l'envahisseur; dès le 29 septembre, il donna ordre à Lehwaldt de réunir toutes ses forces, de compléter le plus possible les effectifs et de se mettre en route pour la Poméranie. « J'ai tout lieu (2) de croire que Russes se retireront de la Prusse..…..et qu'ils ne me causeront plus d’ennui. Mais que cela se passe comme cela se pourra là-bas, je suis absolument forcé de vous rappeler auprès de moi, vous et toutes les troupes que vous avez avec vous. » Lehwaldt recut ces instructions le 7 octobre à Tilsitt; il sv conforma aussitôt et commenca le mouvement qui lui était prescrit, ne laissant pour la défense de la province que ? bataillons de forteresse et un escadron de hussards.
-rmée russe n'était pas en état de bénéficier de l'absence ‘+ .chwaldt; elle demeura inactive dans ses cantonnements jusqu’à la fin de l'année.
(1) Lhopital à Broglie, 4 octobre 1757. Affaires Étrangères. Russie. 1756- 1757. Supplément 9.
(2) Frédéric à Lehwaldt. Buttelstädt, 29 septembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 384.
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Dans les derniers jours de septembre, au moment où Frédéric se voyait obligé de livrer à la merci de l'ennemi le duché qui donnait à la monarchie son titre et à luimème sa couronne, ses affaires semblaient désespérées. Le dernier des confédérés venait d'entrer en lice. Les Suédois, forts d'un peu plus de 20,000 hommes, sous les ordres du baron d'Ungern-Sternberg, avaient franchi le 12 septembre la rivière Peene qui séparait la Poméranie suédoise des États du roi de Prusse. Ne rencontrant presque aucune opposition, ils s'étaient emparés sans difficulté du territoire jusqu’à l'Oder, et semblaient se disposer à bloquer la place de Stettin, où était enfermé le général Manteultel avec les débris de deux régiments échappés au carnage de Kolin, et quelques bataillons de milice. Un chef entreprenant eût profité de l'éloignement de tout corps prussien pour tenter un coup de main sur Berlin qui n’était pas en état de défense, et ce fut probablement cette crainte qui dicta l’ordre de rappel expédié à Lehwaldt; mais le commandant suédois n'osa pas risquer une pointe aussi hardie sans l'appui de Richelieu qu'il avait fait demander par l’envoyé français de Stockholm, M. d'Havrincour. On proposait (1) au maréchal de détacher 10 à 12,000 hommes qui se joindraient aux Suédois en traversant le Mecklembourg, et participeraient à une opération contre la capitale de la Prusse. Richelieu, on l’a vu, se souciait peu de diminuer l'effectif de son armée, aussi se déroba-t-il en promettant d'en référer à Paris et en exprimant ses regrets qu'un concert préalable ne fût pas intervenu. En attendant la réponse à la requête d'Havrincour, Sternberg resta inerte et se contenta de la jouissance paisible des cantons si facilement conquis.
Qu'il y eût dans le fait conséquence ou simple coïncidence, il est à remarquer que le jour même où l’avis de la
(1) Havrincour à Richelieu. Stockholm, 13 septembre 1757. Archives de la Guerre.
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(1) Voir Broglie, V (2) Volt:
vol, LXVI.
(3) Volta