INTERVENTION DE VOLTAIRE
)ù défaite de Lehwaldt à Gross-Jägersdorf lui parvint, Frémi déric se décida à faire des ouvertures de paix à la cour de 1i- France par le canal de Richelieu. L'idée de s'adresser à Le | ce général lui avait été inspirée par Voltaire (1). Celui-ci, \é- bien qu'il n’eût pas pardonné à son ancien protecteur les les mauvais procédés à son égard et à l'égard de sa nièce, | le ne put résister au désir de jouer le rôle de médiateur nie entre les belligérants. La correspondance du Roi et du que grand écrivain, interrompue depuis plusieurs années, du avait été reprise dans le courant de l'été à la suite des uer | malheurs de Bohème. Voltaire, qui avait appris par la tel margrave de Baireuth le découragement de son frère et de sa résolution de ne pas survivre à la ruine de ses États, tre- s'évertua à exposer les excellentes raisons philosophiques sien qui s’opposaient à l'exécution de ce dessein ; puis, revenant s en sur un terrain plus pratique, il suggéra une réconciliation qui avec la France et désigna comme intermédiaire pour les om- D pourparlers le commandant des troupes françaises en Hahar- novre. « J'imagine (2) que le maréchal de Richelieu serait der | flatté qu’on s’adressät à lui. Je crois qu'il pense qu’il est On | nécessaire de tenir une balance, et qu’il serait fort aise om- que le service du Roi son maître s’accordât avec l'intérèt eck- de ses alliés et avec les vôtres. Si dans l’occasion vous e la vouliez le faire sonder, cela ne serait pas difficile. Perpeu sonne ne serait plus propre que M. de Richelieu à remplir t-il un tel ministère. »
re- A peu près en même temps, il envoya au duc un billet En aussi confidentiel que dithyrambique (3) : « Mon héros, erg vous avez vu et vous avez fait des choses extraordinaires. des En voici une qui ne l’est pas moins et qui re vous surpren-
(1) Voir sur ces tentatives de rapprochement le récent livre du duc de e la Broglie. Voltaire avant et pendant la guerre de Sept Ans. Paris 1898.
| (2) Voltaire à la margrave de Baireuth, août 1757. Œuvres de Voltaire, de vol. LXVI.
(3) Voltaire à Richelieu, 21 août 1757. Œuvres de Voltaire, vol. LV.
dra pas. Je la confie à vos bontés pour moi, à vos intérèts, à votre prudence, à votre gloire. Le roi de Prusse s’est remis à m'écrire avec quelque confiance. Il me mande qu'il est résolu de se tuer s’il est sans ressources, et Madame là Margrave sa sœur m'écrit qu'elle finira sa vie si le Roi son frère finit la sienne... Il ne m'appartient pas de me mêle de politique, et j'y renonce comme aux chars des Assyriens; mais je dois vous dire que dans ma dernière lettre à Madame la margrave de Baireuth, je n’ai pu m'empècher de lui laisser entrevoir combien je souhaite que vous joigniez la qualité d’arbitre à celle de général. Je me suis imaginé que si l’on voulait tout remettre à la bonté et À la magnanimité du Roi, il vaudrait mieux qu'on s’adressit à vous qu’à tout autre ».
Frédéric goûta fort l’idée que lui soufflait son ancien favori ; il donna au conseiller d’Eickstedt la mission de se rendre dans le plus grand secret au quartier-générai français, et de remettre de sa part au maréchal une lettre personnelle. Dans ce billet (1), à la rédaction duquel il avait donné tous ses soins, Frédéric s'était employé de son mieux à flatter son correspondant et à le préparer au rôle d’intermédiaire : « Le neveu du grand cardinal de Richelieu est fait pour signer des traités tout comme pour gagner des batailles... Celui qui a mérité des statues à Gênes, celui qui a conquis l'ile de Minorque malgré des obstacles immenses, celui qui est sur le point de subjuguer la Basse-Saxe, ne peut rien faire de plus glorieux que de travailler à rendre la paix à l’Europe. »
A cette époque et durant l'absence d’Eickstedt, Frédéric reçut successivement les plus mauvaises nouvelles; la convention de Closter Seven, la marche de Richelieu sur Halberstadt, l'entrée des Suédois en Poméranie, la mort de
(1) Frédéric à Richelieu. Rætha, 6 septembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 336. Le texte contient deux versions dont la seconde fut substituée à la première.
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