‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 303 sur 385 · FRÉDÉRIC NE VEUT PAS SURVIVRE A LA DÉFAITE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC NE VEUT PAS SURVIVRE A LA DÉFAITE

Winterfeldt, étaient autant de coups de massue qui vinrent s’abattre sur l'infortuné monarque; ses ministres les plus dévoués, Finkenstein par exemple, prêchaient (1) « une réconciliation ave” la France , à laquelle il faudra pourtant en venir tôt ou tard ». Pendant cette crise terrible qui dura les mois de septembre et octobre, le roi de Prusse fut en proie à un découragement dont nous trouvons l'empreinte dans ses lettres intimes à la margrave de Baireuth. 11 cherche à défendre la résolution qu'il a prise de mettre fin à ses jours dans certaines éventualités (2) : « L'honneur, qui m'a poussé à exposer cent fois ma vie dans la guerre, m'a fait affronter la mort pour de moindres sujets que pour ceux-ci. La vie ne vaut certainement pas la peine qu'on s’y attache si fort, surtout quand on prévoit qu'elle ne sera désormais qu'un tissu de peines et qu'il faudra se nourrir de ses larmes :

La douleur est un siècle et la mort un instant.

Si je ne suivais que mon inclination, je me serais dépèché d’abord, après la malheureuse bataille que j'ai perdue; mais j'ai senti que ce serait faiblesse et que c'était mon devoir de réparer le mal qui était arrivé... Je me suis fait un point d'honneur de redresser tous les dérangements, à quoi j'ai encore réussi en dernier lieu en Lusace ; mais à peine suis-je accouru de ce côté-ci pour m'opposer à de nouveaux ennemis que Winterfeldt à été battu et tué auprès de Goerlitz, que les Français entrent dans le cœur de mes États, que les Suédois bloquent Stettin. Il ne me reste à présent plus rien de bon à faire; ce sont trop d'ennemis, » Le Roi énumère les événements malheureux qui

(1) Finkenstein à Frédéric, 13 septembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, n. 346.

(2) Frédéric à la Margrave, 17 septembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 351.

se sont succédé depuis la défaite de Kolin et conclut « Malgré tout cela, je me raidis encore contre l’adversité, de sorte que je crois ma conduite jusqu’à présent exempte de toute faiblesse. Je suis très résolu de lutter encore contre l’infortune; mais en même temps suis-je aussi résolu de ne pas signer ma honte et l’opprobre de ma maison. »

Hätons-nous d'ajouter que ces sombres réflexions n'affectèrent en rien l’activité et la lucidité que Frédéric apportait à l'expédition de ses affaires politiques et militaires.

Eickstedt se rencontra avec Richelieu à Brunswick le 20 septembre, et eut avec lui une entrevue dont il fit un rapport détaillé (1). Le général français prit connaissance du billet de Frédéric et promit d'en référer, puis il chercha à sonder son interlocuteur sur les dispositions de son maitre. « Supposons que l’Impératrice-Reine ait promis les Pays-Bas; si elle (sic) lui fait avoir la Silésie, que feriez-vous? Quelle proposition à faire? Le roi de Prusse emploie ordinairement des gens au fait. » Eickstedt répondit évasivement en parlant du premier traité de Versailles. « Oui, répliqua le maréchal, du commencement: mais l’Impératrice-Reine voyant le sérieux nous dit : Cela ne suffit pas; cédez-moi Parme et Plaisance et je vous donne les Pays-Bas ou à l’Infant, c’est la même chose, si vous agissez avec force pour me procurer la Silésie. » La conversation continua à batons rompus, le Prussien se tenant aux généralités, Richelieu ne dissimulant pas son désir d'être le négociateur de la paix, et laissant supposer que Louis XV regrettait la rupture avec son ancien allié. « Mais voilà deux grandes difficultés de contenter l'Inpératrice-Reine et de dédommager la Saxe. Le Roï a vu le faux pas que son ministère lui a fait faire, quand il était

(1) Mémoire d'Eickstedt. Correspondance politique, vol. XV, p. 369.

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