CONVERSATION DE RICHELIEU AVEC EICKSTEDT
piqué contre le roi de Prusse qui a trop travaillé à la paix (1) en place de s'entendre en fait de guerre avec le Roi. » A l'appui des dispositions conciliantes qu'il attribuait à sa cour, le maréchal citait un propos que Bernis lui aurait tenu avant son départ pour le Hanovre : « Je vous félicite de ce que vous ferez la paix. »
On connait la réponse de Richelieu au billet de Frédéric; elle était coulée dans le même moule : « Sire, quelque supériorité que Votre Majesté ait en tous genres, il y aurait peut-être beaucoup à gagner, pour moi, de négocier plutôt que combattre vis-à-vis d'un héros tel que Votre Majesté ; et je crois que je servirais le Roi mon maitre d’une façon qu'il préférerait à des victoires même, si je pouvais contribuer au bien d'une paix générale; mais j'assure Votre Majesté que je n’ai ni instructions, ni notions sur les moyens d’y pouvoir parvenir. Je vais envoyer un courrier sur le champ pour rendre compte des ouvertures que Votre Majesté veut bien me faire, et j'aurai l'honneur de lui rendre la réponse, comme j'en suis convenu avec M. d'Eickstedt. »
L'offre faite à Richelieu n’était pas le seul essai (2) de rapprochement avec la cour de Versailles. Peu de temps après la bata.lle de Kolin, Frédéric avait reçu du comte de Neuwied le rapport d’une conversation de celui-ci avec le partisan français Fischer; cet officier prétendait avoir eu du maréchal de Belleisle l’assurance que le gouvernement de Louis XV se montrerait enclin à un accommodement , qu’il enverrait volontiers à Neuwied un ministre muni de l'autorisation nécessaire pour entamer les négoclations, si le roi de Prusse voulait en faire autant de son
(1) Allusion à la médiation proposée par Frédéric, au commencement de 1756, pour aplanir le conflit entre la France et l'Angleterre.
(2) Frédéric à Finkenstein, 21 septembre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 362. Cette lettre marquée « Soli et secrétissime » contient le récit des ouvertures du comte de Neuwied.
côté. Pour répondre à cette invite le colonel Balbi fut, comme il a été dit dans un chapitre précédent, expédié de Dresde le 15 août, avec instructions et pouvoirs. Pendant plus d’un mois on fut sans avis du messager, et pour comble de malheur on apprit qu'un courrier du comte de Neuwied avait été arrêté par des hussards autrichiens et dépouillé de ses dépêches. Quel était leur contenu? On l'ignorait, mais elles devaient avoir trait aux pourparlers commencés à Paris par un émissaire du comte. Vers la fin
de septembre on eut des nouvelles de Balbi; on sut alors ouve que la lettre interceptée contenait le projet « de la cession metti de Neuchatel et Valangin à la Pompadour, pour détacher franc la France et procurer à la Prusse une paix avantageuse, » ma ge et le récit d’une entrevue que Barbut de Maussac, l'agent ratric de Neuwied, aurait eue avec Belleisle. Depuis lors Barbut Pruss avait fait un second voyage en France où il se trouvait ac- à M®° tuellement. SET Laissons maintenant la parole à Stahremberg qui nous Freyt: racontera la fin de l’aveniure. L’ambassadeur recoit de Roi pc Vienne la dépèche interceptée, et désireux de répondre attend aux bons procédés de Bernis lors des billets de la mar- minist grave de Baireuth transmis par Folard, la porte au mi- à évit nistre des Affaires Étrangères. « Ce soir, écrit-il (1), comme disnce j'entrais dans son cabinet, on lui annonça une personne Berr que j'avais vue en traversant le vestibule; il (Bernis) alla à passé sa rencontre dans l’antichambre, écouta ses explications avait | fort courtes, et le congédia après avoir reçu de ses mains VŒUX p deux lettres. Du contenu de celle qui lui était adressée, la cour qu'il ouvrit devant moi et qu'il me lut, il ressortait que le che au: porteur, arrivé depuis une heure, lui était recommandé l'entrer par le comte de Neuwied comme son représentant accrédité et investi de sa confiance. Ce personnage est le même (1) Bari qui à été envoyé il y a deux mois au maréchal de Bel- gères. Il 6 vait char, terre. Arc
(1) Stahremberg à Kaunitz, 25 septembre 1757. Archives de Vienne. (2) Mini