ENTREVUE DE BERNIS AVEC BARBUT DE MAUSSAC
leisle, et il est l’auteur du rapport annexé à la correspondance enlevée. L'abbé de Bernis m'ayant demandé ce qu'il fallait faire de l’émissaire, je trouvai bon de lui communiquet la dépèche interceptée, et de m'en rapporter à son jugement sur ia suite à donner à l'affaire. » -
Le lendemain Bernis fit causer le mystérieux diplomate qui n’était autre que Barbut de Maussac (1); celui-ci vida son sac sans méfiance ; il relata la conversation de Fischer avec son maitre, les bonnes intentions de ce dernier, ses ouvertures au roi de Prusse, la mission de Balbi, l'idée de mettre le colonel prussien en rapport avec un général français, et enfin le projet d’une paix basée sur un dédommagement au roi de Pologne et sur la restitution à l’Impératrice de la Silésie, en échange du Hanovre cédé à la Prusse. Dans l'entretien, il fut aussi question d'offres à faire à M®° de Pompadour, et d’une correspondance d'un secrétaire de Richelieu avec Neuwied ou avec le prussien (2) Freytag. Barbut conclut en demandant à être recu par le Roi pour lui remettre la lettre de son prince, et promit, en attendant, de ne pas se montrer et de ne se présenter au ministère que sur un appel de Bernis. « Il tenait, disait-il, à éviter une rencontre pareille à celle de sa première audience dont il était encore tout effrayé. »
Bernis rendit compte à Stahremberg de ce qui s'était passé et lui montra le billet de Fischer que Barbut lui avait laissé, dans lequel l'officier ne dissimulait pas ses vœux pour une réconciliation avec la Prusse, ef attribuait à la cour de Versailles la volonté de ne pas enrichir l’Autriche aux dépens de l’ancien allié. Le langage de Fischer, l'entrevue projetée avec l’envoyé du roi de Prusse, les re-
(1) Barbut de Maussac n’était pas inconnu au ministère des Affaires Étrangères. Il en avait été un correspondant assidu du temps de Rouillé qui l'avait chargé d'organiser un service d'informations sur les affaires d’Angleterre. Archives des Affaires Étrangères.
) Ministre prussien à Francfort.
lations de ce dernier avec le secrétaire de Richelieu, tout cela parut suspect ; et après avoir pris l'avis de Louis XV, on se décida à arrêter Barbut de Maussac, à confisquer ses papiers et à le loger à la Bastille.
Fort heureusement pour lui, Balbi qui devait être du voyage de Paris (1), parait avoir renoncé à un projet qui ne laissait pas d'être fort dangereux. Quant à Neuwied, «le plus intrigant (2) des comtes de l'Empire, » il avait eu soin, pour se mettre en règle avec la cour de Vienne, de protester auprès de Kaunitz (3) de son attachement à la cause impériale et de son désir de faire recouvrer la Silésie à l'Autriche. « Le roi d'Angleterre est vieux, il est infirme,. Si les États germaniques de ce prince étaient cédés au roi de Prusse en échange pour la Silésie, soit immédiatement, soit éventuellement après la mort du roi d'Angleterre, ne serait-ce pas un moyen sûr et facile de jeter les fondements d’une pacification dans l'Empire”? »
Quelques jours après l'incident Barbut, arriva à Paris le courrier apportant la lettre du roi de Prusse à Richelieu et la copie du billet de ce dernier. Bernis comm ïqua aussitôt à Stahremberg (#) ces documents, ainsi les extraits de la dépêche du maréchal dans laquelle il se prononçait en faveur de la paix et manifestait la prétention d'en être le négociateur. La réponse du ministre aux avances du roi de Prusse, dont l’Autrichien eut également connaissance, était conforme à l'esprit d'union et d'entente loyale qui existait entre l’Impératrice-Reine et le Roi Très Chrétien. La France, déclarait-on, était intervenue dans le conflit au double titre de garante du traité de Westphalie
(1) Neuwied à Frédéric, 24 août 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 390. Frédéric à Balbi, 30 septembre 1757. Correspondance politique. vol, XV, p. 391.
(2) Bernis à Stainville, 3 octobre 1757. Mémoires et lettres de Bernis, vol. 11, p. 122.
(3) Neuwied à Kaunitz, 9 septembre 1757. Archives de Vienne.
(4) Stahremberg à Kaunitz, 30 septembre 1757. Archives de Vienne.
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