RÉPONSE NÉCATIVE DE BERNIS
directeur et de la régence de cette ville; je ne présume pas qu'on y trouve grand obstacle de ce côté, et s’il s'en présente je ferai de mon mieux pour les lever. » Duverney oubliait les nécessités de l'alliance; quelques jours plus tard il fut obligé d’avouer (1) qu: « des raisons très supérieures ont empèché d'accepter la convention. » En effet le gouvernement de Louis XV qui venait de rejeter les ouvertures pacifiques du roi de Prusse, ne pouvait se contredire à quelques jours de distance, en autorisant son général à accueillir en détail des propositions qu'il avait repoussées en bloc.
La réponse de Bernis fut un refus nero oue motivé par le manque de confiance dans la bonne foi du roi de Prusse et par la crainte de la mauvaise impression que produirait l'armistice chez les amis de la France. « Le bruit (2) de cette convention a devancé la connaissance que vous nous en avez donnée. Il a été répandu artificieusement par le roi de Prusse; il l’a fait parvenir à nos alliés sous le titre d'un traité de neutralité ; les nouvelles publiques l’ont annoncée, et il y a toute apparence que le roi de Prusse qui tire avantage de tout, aura montré à nos a'liés la lettre que vous a écrite le prince Ferdinand de Brunswick , sans leur faire part de votre réponse qui relève très solidement ce qu’elle a de captieux; moyennant quoi, l’idée d’une négociation particulière entamée de la part de la France, par votre entremise, avec le roi de Prusse, a jeté la plus grande alarme parmi les Autrichiens et les Suédois. » Au grand regret de l'état-major et de l'intendant français, il fallut renoncer à l’arrangement. Frédéric de son côté, délivré de ses craintes sur sa capitale, n'insista pas pour une solution, et bientôt se déciara heureux de n'avoir pas été pris au mot et de n'avoir pas
(1) Duverney à Bernier, 9 novembre 1757. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.
(2) Bernis à Richelieu, 30 octobre 1757. Archives de Vienne.
aliéné sa: liberté d’action dans la région. d'Halberstadt.
A peine Richelieu avait-il expédié le courrier porteur du projet d’armistice , qu’il reçut la réponse de son gouvernement aux premières avances de Frédéric. Nous en avons donné le sens : la France, fidèle à ses engagements, se refusait à toute négociation isolée, n'entamerait des pourp2arlers que par la voie autorisée de ses ministres et de ceux de l'Impératrice, et non par celle d’un général d'armée. Le récit que fit Eickstedt (1) de son entrevue avec le maréchal dut porter dans l'esprit jusqu'alors rebelle de Frédéric-la conviction qu'il n’y avait rien à espérer de son ancien allié. Mais en dépit de leurs résultats purement négatifs, ces allées et venues entre les deux camps, ces conversations mystérieuses que Frédéric avait eu soin de ne pas laisser ignorer à Vienne, avaient, comme Bernis l'avait prévu, contribué à réveiller les soupçons de la cour impériale (2).
Lors d’une réception au ministère, Kaunitz interrogea (3) Stainville sur l’arrangement d’Halberstadt; en lui parlant, il le regarda bien en face pour étudier sur son visage l'effet de sa question. L’ambassadeur français ne sourcilla pas, et déclara que la nouvelle devait être fausse puisqu'il n'avait rien reçu de sa cour à ce sujet; peu de jours après il put rassurer le chancelier en lui montrant copie (4) de la réponse de Bernis au maréchal.
Cet incident, dont la conclusion apportait une nouvelle preuve de la loyauté de la cour de Versailles, ne fit que confirmer la mauvaise opinion qu’on avait à Vienne du général en chef de l’armée du Hanovre. Richelieu d'ailleurs n’était pas le seul dont la conduite prêtât à la cri-
(1) Eickstedt à Frédéric, Halberstadt, 13 octobre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 429.
(2) Kaunitz à Stahremberg, 22 octobre et 13 novembre 1757. Archives de Vienne.
(3) Stainville à Bernis, 3 novembre 1757. Archives des Affaires Étrangères. (4) Bernis à Stainville, 1° novembre 1757. Archives des Affaires Étrangères.
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