PLAINTES DE KAUNITZ CONTRE BROGLIE
tique; on n'était guère plus satisfait des agisséments de l'ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne auprès du roi de Pologne. Certes, on ne pouvait douter du zèle que le comte de Broglie sertit prêt à déployer pour la cause; on l'avait vu à l’œuvre au moment des épreuves, et on avait apprécié la chaleur de son dévouement; mais l’ardent diplomate qu'on savait personnei, cntreprenant et très entiché de ses propres conceptions, avait, à Varsovie, repris Ses anciens errements et assumé une attitude qui ne répondait pas aux nécessités du système nouveau. On l’accusa (1) d'attiser, par ses rapports et par l'appui donné aux réclamations des Polonais, l'esprit de jalousie et de défiance dont s'était toujours inspirée la politique de la France à l'égard de la Russie. Sa cour, écrivait Kaunitz, « n'entendait pas formuler de plainte précise contre le comte de Broglie; mais il serait bon pour la chose commune que Votre Excellence trouvât l'occasion d'insister à nouveau pour que, en Russie comme en Pologne, on s'attachât plus au point essentiel plutôt que de jeter un coup d'œil de regret sur des projets d'importance bien moindre. » Stainville, qui était en correspondance suivie avec son collègue de Varsovie, essaya charitablement de lui faire comprendre que la France, alliée de la Russie, ne *uvait, tout au moins pendant la durée de la guerre, cuatrecarrer cette puissance en Pologne. « Si vous approuvez (2), Monsieur, les réflexions que je vous présente, je crois que vous prendrez des mesures pour éviter que les ministres russes à Varsovie, ainsi que M. le comte de Brühl, ne portent des plaintes contre vous. Je prends la liberté de vous donner ce conseil en tremblant; j'aurais bien des raisons personnelles qui devraient m'en détourner, mais je croirais manquer à la probité et au service du Roi si je ne vous avertissais pas que la cour de
(1) Kaunitz à Stahremberg, 24 septembre 1757. Archives de Vienne. (2) Stainville à Broglie, 6 octobre 1757. Archives des Affaires Etrangères.
Varsovie et celle de Russie font des plaintes amères de nos démarches en Pologne... Je sais en gros qu'il y a un mémoire contre vous et M. Durand, très vif sur ce qui regarde la Pologne. »
Quelques jours après, Stainville revient à la charge (1 : « Pour ce qui est de l’intérieur de la Pologne, je vous demande à genoux, pour vous, si vous n'avez pas d'ordre, de retenir votre vivacité sur ce chapitre. Je vous le répète, on se plaint de vous amèrement; vous avez raison dans le fond, mais dans ce moment-ci ménagez la forme. Je sens que je ne devrais pas vous donner de cunseils que peutêtre vous recevrez mal, mais je ne peux m'en empêcher, et s’ils vous déplaisent, comptez que c’est pour la dernière fois. » |
Il est presque superflu d'ajouter que Broglie ne tint aucun compte de ces sages avertissements, et continua avec son exubérance ordinaire à revendiquer le rôle de protecteur des libertés polonaises contre le puissant voisin de la République. Bernis se montra à la longue fort ennuyé (2 des difficultés créées par son ambassadeur : « Le comte de Broglie a raison dans le fond, maisil met tant de hauteur, de vivacité et de raideur dans la forme, qu'il finira par faire croire à la Russie que nous voulons la discréditer en Pologne et à la Porte... »
Le gouvernement de Marie-Thérèse aurait d'autant plus souhaité une union complète dans l’action diplomatique à Varsovie, que la conduite du roi de Pologne et de son ministre Brühl paraissait sujette à caution. Fatigué de l'occupation prussienne qui se prolongeait, mécontent de l’Aut ‘iche qui avait signalé son intervention en Saxe par l’incendie de Zittau, le roi Auguste II aurait fait dire (3)
(1) Stainville à Broglie, 10 octobre 1757. Archives des Affaires Etrangères. (2) Bernis à Stainville, 22 décembre 1757. Archives des Affaires Étrangères. (3) Extrait d’une lettre de Rouillé, ancien secrétaire d’État, du 12 octobre 1757. Newcastle Papers (communiquée par Yorke).
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(1) Extra
octobre 175
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