TENDANCES PACIFIQUES DU ROI DE POLOGNE
à Louis XV qu'il donnerait volontiers les mains à un accommodement avec le roi de Prusse. L'ancien ministre Rouil.é, dans un billet duquel nous trouvons cet avis, ajoutait : « On a fait de sérieuses réflexions sur cette proposition qüe les partisans de la cour de Vienne rejettent le plus qu'ils peuvent. Comme Sa Majesté est moins indisposée contre le roi de Prusse qu'elle n'était il y a quelque temps, il pourrait se faire quelque changement en Allemagne, quoique la marquise et son favori l'abbé de Bernis veulent la destruction de la maison de Brandebourg. Mais je doute que leur sentiment prévale, quelque influence qu'ils aient dans les affaires. »
Une lettre interceptée du premier commis des Affaires Étrangères (1), à peu près de la même date, nous fournit la confirmation des renseignements de Rouillé : « Il est enfin question du rétablissement de la paix en Allemagne; le roi de Pologne se lasse de voir ses États électoraux abandonnés à la merci de l'ennemi. Ce prince est disposé à entrer en négociation pour la paix, même à des conditions raisonnables. Le roi de Prusse parait être dans les mères dispositions; les plus grandes difficultés viennent de la part de la cour de Vienne qui semble ne vouloir entendre à aucun accommodement que la Silésie et le comté de Glatz ne lui soient préalablement assurés. On ne croit pas que ces propositions soient du goût de la cour de Berlin; on ne doute point que le roi de Prusse ne consente à indemniser le roi de Pologne. M. le maréchal de Belleisle repond des dispositions de ce monarque à cet égaru, mais il ne croit pas que Sa Majesté prussienne abandonne la Silésie et le comté de Glatz à la maison &à’Autriche ; il prétend même qu'il n’est pas de l'intérêt de la cour que ces pays rentrent sous la domination de cette maison. M. le comte de Bernis est d’un sentiment opposé;
(1) Extrait d’une lettre du premier commis des Affaires Étrangères du 19 octobre 1757. Newcastle Papers.
il a fait un long discours dans le conseil qui s’est tenu hier à ce sujet, pour prouver qu'il était de l'intérêt de Sa Majesté de détruire entièrement la maison de Brandebourg. Ce ministre dont vous connaissez l'appui (soit dit entre nous) est presque le seul de son sentiment aveë sa protectrice. »
Enfin le duc de Chevreuse, officier général à l'armée de Richelieu, tient le même langage (1) : « La négociation qui est depuis quelque temps sur le tapis pour un accommodement entre Sa Majesté Très Chrétienne, le roi de Prusse et le roi de Pologne, parait prendre un bon train. On parle d’une suspension d'armes entre notre cour et celle de Berlin... La cour de Vienne fait son possible pour parer au coup, mais Je ne sais si elle en viendra à bout. »
Obéissant à un sentiment instinctif, tous les gouvernements d'Europe qui, pour un motif ou un autre, désiraient le rétablissement de la paix, s’adressèrent À la France dans le courant de l'automne de 1757. Ouvertures directes ou indirectes du roi de Prusse, suggestions de la Pologne, offres de médiation du Danemark (2), toutes se rencontrèrent à cette époque dans le cabinet de Bernis, toutes furent résolument repoussées. C'est avec raison que Kaunitz pouvait dire de lui (3) à Stahremberg : « Il faut remercier tout spécialement la Providence de ce que le gouvernail des aflaires de la France se trouve confié aux mains d’un ministre qui, non seulement possède au plus haut degré toute la capacité nécessaire , mais qui sait distinguer l'essentiel de l'accessoire, pense en homme supérieur, ne se laisse pas influencer par les finasseries, la défiance, l'esprit de domination si habituels en pareille occurrence. »
(1) Extrait d'une lettre du duc de Chevreuse du 24 octobre 1757. Newcastle Papers.
(2) Bernis à Stainville, 8 novembre 1757. Lettres de l'abbé de Bernis. Vol. II, p. 135.
(3) Kaunitz à Stahremberg, 12 octobre 1757. Archives de Vienne.
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