PORTRAIT DE BERNIS
L'envoyé de Marie-Thérèse était trop intéressé pour être impartial. À son portrait si flatté du ministre des Affaires Etrangères nous opposerions volont.ers le crayon esquissé (1) par un de ses collaborateurs anonymes : L'abbé de Bernis était « le meilleur des hommes, incapable de faire de la peine, agréable dans la société, fait pour plaire; le président Hénault disait de lui qu'il avait une tète carrée, voulant dire profonde et sensée; il l'avait ronde et grosse mais plus pleine de vent que de toute autre chose. »
Pour le ministre de l'Impératrice aucune réserve à faire. Kaunitz avait le droit d’être fier du chemin accompli; la coalition nouée avec tant de peine produisait son plein elfet; Frédéric aux abois, sans alliés, privé de près de la moitié de son royaume , ne pourrait trouver des ressources pour la campagne de 1758 et finirait par succomber sous la masse de ses ennemis. Sans doute il y avait des écueils à l'horizon, mais grâce au concours dévoué du ministre français, on saurait les éviter et on recueillerait bientôt les fruits de la victoire.
Quant à Frédéric, jamais les qualités de cet esprit si ferile en ressources ne brillèrent d’un plus vif éclat; jamais la trempe de ce caractère qui savait s'élever avec l'adversité, ne se révéla plus ferme que dans la terrible crise des mois de septembre et octobre. Jamais paroles ne furent plus vraies que celles qu'il s’appliquait à lui-même quelques jours avant la bataille de Rossbach :
Pour moi menacé du naufrage (2), Je dois, en affrontant l'orage, Penser, vivre et mourir en Roi.
(1) Lettres du Cardinal de Bernis 1757-58. Préface par un homme qui l'a connu et qui avait travaillé sous lui au ministère des Affaires Etrangères.
(2) Vers du Roi cités dans une lettre de Voltaire à Frédéric, 13 novembre 1757, Œuvres de Voltaire, vol. LXV.
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