‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 313 sur 385 · RUPTURE DE LA CONVENTION DE CLOSTER SEVEN · texte numérisé non relu

RUPTURE DE LA CONVENTION DE CLOSTER SEVEN

Le mois d'octobre fut certainement pour Frédéric l'époque la plus critique de l’année 1757. Il fut marqué par l'expédition hardie d’un général autrichien qui osa insulter la capitale de la Prusse, et qui put y lever impunément une contribution de guerre. Le Roi était le 15 octobre à Weissenfels, de retour de son excursion inutile à la poursuite de l’armée des Cercles et du corps de Soubise ; rassuré de ce côté, tranquillisé sur les intentions de Richelieu par l'accueil fait au projet d'armistice, il se disposait à aller en Silésie au secours du prince de Bevern quand il apprit qu'une division du corps de Marshall se dirigeait à marches forcées sur Berlin. Aussitôt il envoya (1) au prince Maurice de Dessau, qui était à Torgau sur l'Elbe, l'ordre de prendre les devants et d'empêcher à tout prix un coup de main sur la capitale ; il Je rejoindrait le plus rapidement possi:.e avec les régiments sous son commandement immédiat.

Ce qui était une sûrprise pour Frédéric avait été longuement prémédité par l'état-major autrichien; le prince de Lorraine en avait eu l'initiative, la cour de Vienne en avait approuvé l'exécution. Le 11 octobre le général Hadik quitta Elsterwerde en Lusace, avec une division de 3,500

(1) Frédéric à Maurice de Dessau, Weissenfels, 15 octobre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 422.

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hommes et # canons, laissant dans cette ville un détachement pour couvrir ses communications avec Marshall, 1] ne rencontra sur sa route aucune troupe prussienne, put réquisitionner à son aise dans le pays traversé, et arriva le 16 au soir devant Berlin à la porte Copernic, tandis que son lieutenant Ujhazy se présentait avec quelques cavaliers à la porte de Potsdam. L'Autrichien (1) avait habilement distribué ses forces, de manière à donner l'impression d’un nombre bien supérieur à son effectif réel ; il lit sommer la ville et exigea une rançon de 300,000 thalers sous peine de bombardement. Dans la capitale l'émoi fut grand; le gouverneur, le général Rochow, qui ne disposait que de 5 faibles bataillons de dépôt, ne s'attendait pas à voir l'ennemi de si près; il n'avait pas attaché grande importance au bruit de l'apparition de quelques coureurs dans les environs, et s'était contenté de doubler les postes qui surveillaient les approches. Hadik ne perdit pas de temps en pourparlers; à peine son parlementaire fut-il revenu avec une réponse négative qu'il commenca l'attaque. Quelques coups de canon suffirent pour enfoncer la porte de Silésie et couper les chaines du pont-levis de Ja Sprée. Les Croates qui formaient avant-garde pénétrèrent dans les faubourgs; ils s’y heurtèrent à deux bataillons prussiens ; mais ces derniers, fusillés par l'infanterie, chargés par la cavalerie allemande et par les hussards, furent culbutés et mirent bas les armes. L'autre fraction de la garnison ne prit pas part au combat; elle fut affectée à l’escorte de la Reine qui se retira avec précipitation à Spandau. Il ne restait plus de soldats prussiens dans les murs; Berlin était au pouvoir du vainqueur, et Hadik put dater de la capitale la dépêche triomphante qu’il expédia au prince Charles.

(t) Pour le récit de l'expédition de Hadik voir Arneth, vol. V, p. 239, et

le rapport de l'officier francais Morainville, 28 octobre 1757. Archives de Vienne.

Mais en dépit de son succès, le général autrichien ne pouvait se dissimuler les dangers auxquels il était exposé : Laisser pénétrer ses hommes dans l'intérieur de la ville, c'était courir le risque des désordres que pourrait entrainer cette occupation, c'était retarder le départ qu'il fallait effectuer au plus vite sous peine d'être coupé per le roi de Prusse, qui accourrait avec sa diligence habituelle pour punir l’envahisseur. On renoua la négociation avec les représentants de la municipalité, après avoir demandé 600,000 thalers, on se contenta d'une contribution de 200,000 et d’un cadeau de 25,000 thalers pour la troupe, en dédommagement du pillage qui lui avait été refusé. Le 17 octobre, Hadik commença sa retraite qu'il opéra sans encombre, non sans avoir l2vé en passant une taxe de 30,000 thalers sur la ville de Francfort sur l'Oder; le 23 il rentra à Bautzen avec son argent et les prisonniers. Il y reçut les félicitations de sa souveraine qui dota le géncral d’un domaine en Hongrie, et les soldats d’une gratification de 30,000 ducats.

Quelque promptes qu’eussent été les mesures prises par Frédéric, elles furent inefficaces. C’est à Eïlenburg, entre Leipsick et Torgau, qu'il connut la prise de Berlin. « Je reçois aujourd’hui, écrit-il à son frère le prince Henri (1), la fâcheuse nouvelle que les Autrichiens sont entrés le 16 au soir entre neuf et dix heures à Berlin. Il faut que ces gens soient à nous morts ou vivants; et si Marshall est encore à Bautzen, je laisserai 6 bataillons à Torgau, avant suffisamment d'infanterie avec moi pour prendre ces gens-là, Quel temps! Quelle année! Heureux, mon frère, sont les morts! » Le prince Maurice arriva à Berlin le 19 octobre, trop tard pour intercepter le retour des Impériaux.

Frédéric, rassuré sur les suites d’une expédition dont il

(1) Frédéric au prince Henri. Eilenburg, 18 oct: bre 1757. Correspondance polilique, vol. XV, p. 436.

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