FRÉDÉRIC MARCHE CONTRE SOUBISE
s'était d’abord exagéré la portée, prit ses mesures pour éviter la répétition d'un pareil affront. La famille royale, le trésor et les archives furent mis en sûreté à Magdebourg; la garnison de la capitale serait désormais libre de tour autre souci que celui de la défense militaire; quant aux troupes envoyées au secours de Berlin, il les rappela à lui. Il s'apprêtait (1) à concentrer son monde pour chasser de la Lusace le corps de Marshall et pour lever le siège de Schweidnitz, quand les avis du maréchal Keith, annonçant un retour offensif en Thuringe des armées combinées, modifièrent ses projets. Sans perte de temps, les ordres (2) furent lancés : Keith devait se retirer lentement sur Leipsick et tonir ferme dans cette ville où il n'avait rien à craindre; le prince Ferdinand marcherait sur Halle pour l'appuyer; le Roi en personne, aussitôt rejoint par le prince Maurice, viendrait rallier ses lieutenants. Puis, sur les nouvelles plus inquiétantes, Frédéric devance ses colonnes; le 25, d'Eilenburg il adresse (3) un mot d'encouragement à Keith : « Soyez tranquille; le Hildburghausen ne vous mangera pas, j'en réponds; » et le lendemain il installe son quartier-général à Leipsick.
Durant cette quinzaine si agitée, que s’était-il passé du côté de l’armée des Cercles et de ses auxiliaires? Nous avons laissé Soubise à Langensaltza, petite ville au nord de Gotha, que devait rendre célèbre un siècle plus tard la capitulation des Hanovriens au début de la guerre de 1866. Le général francais s'y était porté à la rencontre de la division détachée de l’armée àe Richelieu, que lui amenait le duc de Broglie; la jonction effectuée, il se déclara prèt à avancer jusqu'à la Saale, mais il rejeta l’idée du prince de
(1) Frédéric à Bevern. Grochwitz, 22 octobre 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 45%. |
(2) Frédéric à Keith. Grochwitz, 23 cctobre 1757. Correspondance politique, vol, XV, p. 461.
(3) Frédéric à Keith. Eilenburg, 25 octobre 1757. Correspondance poli-
tique, vol. XV, p. 464.
Hildburghausen de pousser jusqu'à l'Elbe. « Cette marche (1) serait très fatigante et absolument inutile, à moins qu'on ne soit en état de prendre Dresde, où du moins Torgau. » Le commandant de l'armée des Cercles manifestait au contraire des vues batailleuses; fier de sa supériorité numérique (les forces combinées comptaient depuis l'arrivée de Broglie 65 bataillons et 57 escadrons, scit environ 50,000 combattants), encouragé par le mouvement rétrograde de Frédéric, il rèvait déjà la conquéte de là Saxe. Il parle de ses projets à Soubise (2) sur un ton de plaisanterie amicale qui cadre assez mal avec l'opinion que la tradition nous a faite du personnage : « Je sais que vous brûlez d'envie de pouvoir vous mesurer avec lui (le roi de Prusse). Allons-y donc sans balancer je vous en conjure, mais allons-y sans perdre de temps et avec lui les fruits de nos travaux. » Pour aplanir les difficultés toujours renaissantes des subsistances, il offre de confier la direction de ce service à l'intendant francais : « Gayot fera des ordonnances, Gayot aura soin de mes troupes, et je jeûnerai moi-même si Gayot ne me donne pas à manger; mais marchons, cher Prince; encore un coup je vous en prie pour tout le monde. Vous ne sauriez croire en quelle peine je suis pour le corps de M. de Marshall. »
En l'espèce Hildburghausen voyait juste; il devinait le danger » iquel était exposé le corps autrichien de la Lusace que la cour de Vienne venait de placer sous sa direction, et comprenait fort bien la nécessité de lui venir en aide par une diversion. En soutenant l'offensive, il était d'accord avec la cour de Vienne qui insistait auprès de l'ambassadeur Stainville (3), et à Paris par l'organe de Stahremberg, pour une vigoureuse action de l'armée auxiliaire que seconderait Marshall.
(1) Soubise à Paulmy. Langensaltza, 16 octobre 1757. Archives de la Guerre 2) Hildburghausen à Soubise, 17 octobre 1757. Archives de la Guerre. (3) Stainville à Soubise, 5 octobre. Archives de la Guerre.
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