HILDBURGHAUSEN ET SOUBISE SUR LA SAALE
Dans les conseils français au contraire, le parti de la prudence semblait l'emporter; on critiquait (1) avec quelque raison les opérations excentriques des Impériaux en Silésie ; on aurait souhaité le retour du prince Charles en Saxe, ou tout au moins le renforcement du corps détaché en Lusace; on n'avait confiance ni dans les troupes des Cercles, ni dans leur sénéral, et on pensait beaucoup plus aux quartiers d'hiver qu'à la continuation de la campagne.
A l'appel de Hildburghausen, Soubise répondit en objectant l''mpossibilité de quitter ses cantonnements avant le 23 octobre; il lui fallait (2) préparer ses vivres, attendre son artillerie, procurer des souliers et des gilets à ses soldats, et notamment à ceux de la grande armée qui en avaient fort besoin mais qui paraissaient « de moins mauvaise humeur qu'on ie l'avait annoncé. » Puis, pour donner une satisfaction partielle à son chef, il dirigea le gépéral Saint-Germain avec une division vers Naumburg. Sur ces entrefaites on sut que la reculade des Prussiens saccentuait de plus en plus, et on se décida à les suivre: le 24. Soubise était de sa personne à Naumburg avec les vrenadiers et deux brigades de cavalerie; le lendemain il écrivait de Weissenfels que toute l'armée aurait atteint le 29 ou le 30 les bords de la Saale. Il ne voit d'ailleurs aueun motif pour se presser. « Je suis persuadé, mande-t-il À Stainville (3), que les Prussiens faisant revenir de Torgau quelques bata llons, et M. de Keith paraissant vouloir marcher de Leipsick sur nos détachements, la marche rétrograde serait décidée sur le champ. Il est bien plus sûr d'attendre; dns six jours toutes les troupes nous au-
(t) Stainville à Kaunitz 17 octobre 1/57. Stainville à Paulmy, 21 octobre 1757. Slainville à Bernis, 1 octobre 1757. Archives de la Guerre,
(2) Soubise à Hildburghausen, 18 octobre 1757. Soubise à Paulmy, 18 octobre 1757. Archives de la Guerre.
{31 Soubise à Stainville. Weissenfels, %4 octobre 1757, Archives de Vienne.
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ront joints, nous prendrons sur la Sala des points solides et assurés, et nous serons maitres de la Saxe sans courir aucun risque. Si l'eïnemi est décidé à se retirer, il est encore plus inutile de fatiguer l’armée par des marches forcées, aussi suis-je dans la plus grande fermeté sur ce chapitre. »
Le reste du billet est rempli de plaintes sur le général de l'Empire : « La campagne est trop avancée pour songer à aucun changement; mais je ne dois pas vous cacher qu'il ne serait pas praticable d'en recommencer une seconde avec un pareil arrangement. Je me suis prêté à l'humeur, au ton, aux variations continuelles de M. d'Hildburghausen; mais je suis le seul de l'armée... Il apprend ce matin que l'ennemi s’est retiré; il ne veut pas attendre un moment, il monte dans sa voiture, s'en va à Pegau à six lieues d'ici, et donne ordre que son armée y marche demain matin; il m'écrit un mot pour me demander M. de Mailly à Lutzen, M. de Lorges ici; il me demande en même temps de presser la marche de M. de Nicolai et de M. de Broglie sans m’annoncer aucun projet; et c’est tous les jours les mêmes scènes, il est vrai que j'y suis accoutumé: ce qui vous surprendra c'est qu’elles ne m'impatientent point. »
Comme le prévoyait Soubise, la belle ardeur de Hildburghausen s’évapora à la nouvelle du retour de Frédéric à Leipsick. « Aussitôt qu'il a appris (1) que le roi de Prusse y était entré, il a fait marcher son armée pour se retirer et se rapprocher de nous. Il a tenu depuis huit jours les propos les plus révoltants et les plus choquants pour la nation. Mais le mal réel est qu'il n’a jamais'aucun projet, et par conséquent il donne des ordres différents à chaque instant. Le prince Georges de Hesse et les autres généraux en sont excédés. Je vous réponds de ma patience
(1) Soubise à Fumeron, 27 octobre 1757. Archives de la Guerre.
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