LA COUR DE VERSAILLES ENJOINT LA PRUDENCE
jusqu'à la fin de la campagne. Je lui répète continuellement que je suis à ses ordres. Je les exévute assez souvent, et trop, puisque j'ai eu la complaisance de m’avancer jusqu'ici avec la cavalerie et les grenadiers de l’armée. Mais en même temps, sur les objets intéressants je tiens ferme, et quand les arrangements sont une fois lécidés ïe ne m'en écarte pas, quelque humeur qu'il en prenne... Le roi de Prusse doit céder; je ne lui compte pas 25,009 hommes ; le prince Maurice en à 7 à 8,000 avec lui. J'ignore s'il osera passer l'Elbe et exposer Berlin à une seconde invasion. »
Pendant que Frédéric attendait à Leipsick l’arrivée des détachemerts qui revenaient de la poursuite de Hadik, Soubise, toujours à Weissenfels, y recut les instructions de la cour (1). On lui recommandait de ne pas franchir la Saale et de renoncer à l'entrée en Saxe. « Si vous pouvez vous servir, pour faire passer l’Elbe au roi de Prusse, du corps de M. de Marshall, M. le prince de Hildburghausen concertera avec lui les manœuvres pour cet objet; mais vous éviterez, sous ce prétexte ou sous tout autre, de prendre aucun engagement pour hasarder l’armée du Roi plus loin qu’il ne parait prudent. » Stahremberg avait été d'ailleurs prévenu qu'on ne pouvait accepter le plan offensif rédigé par la cour de Vienne. La dépêche ministérielle venait confirmer les renseignements du tout-puissant Duverney sur les intentions du cabinet de Louis NV. « Dans tout cela, avait écrit le munitionnaire (2), il me parait qu'il faut laisser projeter ct dire, et faire pour le mieux sans compromettre les armées du Roi. »
Enfin le voyage annoncé de M. de Crémille, à l'effet de s'entendre avec le maréchal de Richelieu et le prince de Soubise à propos des quartiers d'hiver, était une preuve manifeste des sentiments du ministère sur la nécessité de
4) Paulmy à Soubise, 23 octobre 1757. Archives de la Guerre. (2) Duverney à Soubise, 19 octobre 1757. Archives de la Guerre.
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terminer la campagne sans nouvel incident. Sur les intentions de Richelieu, il n’y avait pas le moindre doute. M. de Bourcet, envoyé par Soubise auprès de son collègue, avait, il est vrai, rapporté l'offre d'un nouveau renfort de 10 bataillons et 20 escadrons; mais ce concours devait entrainer l'obligation (1) « de parer à tous les mouvements que le roi de P'usse pourra faire sur l’Elbe, la Saale, l’Unstrut, et même d'appuyer par la gauche de ses quartiers la position d’'Halberstadt », qui ne serait occupée que par des troupes légères soutenues par un détachement à Osterwick. Le maréchal, affaibli par les 30 bataillons et 38 escadrons prètés à Soubise, ne saurait plus maintenir le gros de ses forces à Halberstadt et se verrait obligé de se retirer sur l'Ocker pour y prendre des cantonnements.
En dépit des lettres de Versailles, et malgré sa propre conviction contraire à une incursion en Saxe, Soubise ne laissa pas d’être impressionné par la crainte des reproches auxquels il s'attendait de la part de Hildburghausen (2) : «Il ne manquera pas de répondre avec violence que les Français n’ont jamais voulu servir la cause commune, qu'ils se sont toujours opposés aux mouvements audacieux qui seuls peuvent réussir. » En effet tandis que le général impérial, redevenu entreprenant (3), rêvait un mouvement tournant au sud de Leipsick, qui jetterait l'armée combinée sur la route de Torgau, et partant sur les derrières des Prussiens, le commandant français, beaucoup plus prudent, voulait s’abriter derrière la Saale. Cet avis prévalut; une partie des Français et des Impériaux sc replia sur Weissenfels: le duc de Broglie avec 12 bataillons s'établit à Mersebourg, et les troupes légères de Fischer
(1) Richelieu à Soubise. Halberstadt, 28 octobre 1757. Archives de la Guerre.
(2) Soubise à Paulmy, 28 octobre 1
7 rchives de la Guerre.
(3) Soubise à Paulmy, 30 octobre 175