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LES ALLIÉS SE DECIDENT À ATTAQUER

médiate, Soubise au contraire, appuyé par Broglie, de Vault et quelques autres, voulait remettre l'affaire au lendemain. Broglie en particulier proposa de s'établir sur les hauteurs qu'on venait d'atteindre, en portant la droite jusqu'à Reichartswerben. Les avis les plus prudents ne furent pas écoutés, et on décida de continuer le mouvement de manière à couper la retraite du Roi sur Merseburg et la Saale. Il eût été facile de dissimuler la marche en faisant défiler derrière la crête, et de gagner Reichartswerben en ne laissant voir qu'un rideau de cavalerie légère. Cette manœuvre, que Frédéric ällait exécuter avec tant de succès, ne se présenta pas à l'esprit des alliés qui se chargèrent, en découvrant leurs troupes, d'éclairer le Roi sur leurs intentions offensives et sur le but de leur opération.

Aussitôt que Frédéric fut convaincu qu'on allait le combattre et qu'on cherchait à le tourner , il prit ses mesures avec sa promptitude ordinaire. « En un seul instant, écrit un témoin (1), officier du génie dans le corps de Soubise, et comme à un signal, le camp ennemi fut détendu et l’armée en bataille. » La cavalerie, forte de 38 escadrons dont la direction fut donnée à Seydlitz, général de trentetrois ans et le plus jeune de son grade présent à l'action, partit au grand trot pour devancer les alliés et les déborder; profitant habilement du terrain, elle ne montra que quelques pelotons de hussards, et gagna le plateau au delà et à gauche du Janus Hügel, où elle put se former en ligne sans être apercue. L'infanterie s’ébranla par la gauche, en colonnes de pelotons à distance de déploiement etsuivit, en se dissimulant derrière la crête, la mème direction que Seydlitz. Sur la butte culminante, Frédéric fit établir une batterie de 18 pièces de gros calibre. Un détachement d'un bataillon et de 7 escadrons fut laissé pour surveiller Saint-Germain.

(1) Lettre à Rainsault, directeur du génie à Lille. Archives de la Guerre.

En voyant ces manœuvres dont la rapidité entrainait en apparence quelque désordre, les commandants des alliés crurent à une retraite et n'eurent d'autre préoccupation que d’atteindre l’armée du Roï avant qu'elle ne pat s'échapper. On prit pour objectif le Janus Häagel, et sans changer les formations de route, sans instructions ou préparations pou! le déploiement, sans décharger les soldats de leurs havresacs et de leurs marmites, on poussa en avant. L'infanterie était répartie en trois (1) longues colonnes à la tète desquelles étaient les régiments francais de Piedmont et de Mailly. Sur les côtés et en avant de la colonne de droite, marchaient les deux régiments de cuirassiers autrichiens et la cavalerie des Cercles ; 10 escadrons français constituaient une réserve aux Impériaux, 12 autres escadrons protégeaient la gauche. Aucune reconnaissance du terrain, pas d'avant-garde; on s'avanca à l’aveuglette.

Les choses en étaient à, quand vers trois heures ct demie, on aperçut tout à coup une grande masse de cavalerie qui menacait le flanc droit de la première colonne. On croyait tourner l'ennemi et on était débordé soi-même. C'était Seydlitz qui, après avoir dépassé le Janus Hügel, avait fait exécuter à ses escadrons le mouvement « à droite en bataille », et découvrait ainsi aux yeux des confédérés la muraille vivante de ses cuirassiers. Sans leur laisser le temps de se reconnaitre il se lança au galop. A ce spectacle inattendu le désarroi fut au complet. C'est en vain qu'on tenta de se mettre en ligre pour recevoir le chioe. Les Impériaux des Cercles s'enfuirent sans essayer de résister; les Autrichiens au contraire se comportèrent vaillamment; ils firent mème plier la droite des Prussiens, mais furent bientôt culbutés et entrainés dans la déroute.

Quant à la fortune de ia cavalerie francaise, M. de Cac-

(1) La réserve forma d'abord une troisième colonne qui se confondit ensuite avec les deux autres.

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