‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 322 sur 385 · DÉFAITE DE L'INFANTERIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DÉFAITE DE L'INFANTERIE FRANÇAISE

croisèrent avec le feu de l'infanterie qui débouchait du Janus Hügel.

Cependant les généraux de Nicolai, de Lorges (1), de Crillon, de Rougé, de Revel et de Lugeac, avaient formé (2) « les premiers bataillons de Picdmont et celui de Mailly qui faisaient la droite des deux lignes, et les avaient joints aux bataillons de Poitou et de Provence qui étaient en colonne entre les deux lignes. Ils marchèrent sans tirer un coup Jusqu'à #0 pas des Prussiens, malgré un feu très vif de mousqueterie et de canon; mais jamais il ne fut possible de les mener plus avant, ils tournèrent le dos, plièrent et furent suivis de toute l'infanterie. Tout se mêla et il fut impossible d'y remettre aucun ordre ni de l'arrêter, quoique M. le prince de Soubise et tous Les officiers généraux et particuliers y fissent tout ce qui était possible. »

Ce récit est conforme à celui du duc de Broglie : « Après que le combat de cavalerie à été achevé, j'ai été rejoindre les régiments de Poitou, de Provence, de Rohan et de Beauvoisis qui étaient aussi de ma réserve et auxquels javais envoyé ordre de se porter à la droite... Comme jy arrivais, tout plia accablé par le feu de canon et de mousqueterie, et les autres régiments de la ligne firent de mème sans avoir autant souffert; rien ne put les arrêter, les soins et peines que nous nous sommes donnés pour cela ont été inutiles. »

D'après de Vault (3), en dépit de la déroute de la cavalerie, la bataille n’eût pas été perdue « si la terreur n'avait saisi les troupes, c'est-à-dire l'infanterie, aussitôt quelle a approché les ennemis. J'ai été témoin, dit cet officier distingué, de la bonne gràce avec laquelle la brigade de

(1) Le même qui commandait la brigade d'Eu à Hastenbeck. 2) Relation ofticielle envoyée par Soubise. Archives de là Guerre. 3) De Vault, aide-major maréchal des logis général, Rapport confidentiel à Paulmy. Mülhausen, %4 novembre 1757, Archives de la Guerre. GUERRE DE SEPT ANS. 10

Piedmont et celle de Poitou ont marché aux ennemis: vous pouvez ètre assuré que la tête de ces deux brigades a fait son devoir; elles ont l’une et l'autre prodigieusement souffert, puisque tous les premiers rangs sont tombés sous le feu des ennemis... La seconde ligne dont Mailly avait la tête, et qui était devenue la troisième depuis que la réserve ayant Poitou à la tête était passée mal à propos entre ces deux lignes, la deuxième, dis-je, plia je ne sais pourquoi; tout suivit; la confusion, là terreur devint générale dans toute l'infanterie. » L'artillerie de la droite francaise, v compris une batterie que le général de Bourcet avait opposée sans grand etfet à celle de la butte, tomba presque en totalité entre les mains du vainqueur. Le retour de là cavalerie de Seydlitz qui vint menacer le flanc et les derrières des alliés, ne fut pas sans influence sur la panique que nous venons de décrire.

A quatre heures 1/2 l'action était décidée : les bataillons prussiens, là droite au hameau de Lundstädt, la gauche vers le village de Reichartswerben, s'avancaient, canons en tôte, sur le tourbillon dans lequel ‘:::2 fondue l’armée combinée, accablant de ses salves et de sa mitraille les ciforts isolés des régiments francais. Bientôt la plaine de Rossbach fut couverte d’une multitude de fuyards que sabraient les cavaliers de Sevdlitz. Les hommes aftolés jetaient fusils, chapeaux, etfets de campement et ne songeaient qu'à échapper au carnage. Grâce à l'attitude énergique des régiments de cavalerie de la Reine et de Bourbon Cusset, et des dragons d'Apchon, la gauche francaise, qui avait moins souffert que la droite, commenca sa retraite en assez bon ordre; mais elle fut bientôt entrainée dans la débâcle. Seule la division Saint-Germain, qui n'avait pris aucune part à l'affaire, resta intacte et vin! servir d'arrière-garde.

« La déroute fut absoïument générale, dit un corres-

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DÉEROUTE GÉNÉRALE. 627

pondant déjà cité (1). La cavalerie qui avait paru vouloirse rallier suivit le mauvais exemple, et il ne fut plus possible de rien contenir; chacun s'enfuit où il put. M. de Soubise se retira sur Freyburg , et les troupes de l'Empire sur Naumburg où il y avait un pont gardé par 1,000 hommes des Cercles. 11 était tard, la bataille n'ayant commencé qu'à trois heures ; nous ne fümes point suivis, le roi de Prusse craignant une embuscade. Toutes nos troupes passèrent l'Unstrut, une grande partie en bateau, l'autre sur les ponts, mais dans un désordre inexprimaple et où il y eut beaucoup de monde de noyé. La terreur était si grande que le lendemain on ne put encore rassembler personne. Pour prouver combien la terreur à été violente et générale, il suffit de dire que, dès la matinée d'hier, il y avait des fuyards à Eisenach qui est à 30 lieues du champ de bataille; et de plus le soir il v est arrivé à six heures un capitaine et un lieutenant d'infanterie avec un drapeau escorté de 4 soldats. Nous avons perdu tout notre canon. »

La plus grande partie des vaincus prit la route de Freyburg; « quelques désorientés (2 celle de Weissenfels à Merseburg. Ces derniers ont tous été faits prisonniers, les Impériaux ayant la droite de l'armée ont seuls fait cette sottise. » De Vault dans sa relation confirme ces détails # « La confusion a duré jusqu'à Freyburg, la nuit l’a augmentée; l'incertitude des chemins, un grand ravin qu'on ne connaissait pas, les bois fréquents v ont aussi contribué ; la frayeur à rendu presque tout le monde sourd, la fatigue a fait rester beaucoup d'ofticiers et de soldats dans les villages ; la maraude à arrêté quelques-uns; tout cela a été pris le lendemain matin... M. de Soubise lui-mème « couru partout; il n'a trouvé partout que des lucurs de

(1) Lettre à Rainsault. Escheweghe, 9 novembre 1757. Archives de Ja Guerre.

2) Lettre à Rainsaull, 20 décembre 1757. Archives de la Guerre

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retour et de fermeté; chacun lui a échappé, et peu s’en est fallu qu'il n’ait été lui-même victime du peu de connaissance du terrain. »

Sans la nuit qui arrêta la poursuite, les ‘ésultats de la bataille eussent été encore plus désastreux. Dans l’état, ils se montèrent pour les alliés à 5 ou 600 tués, plus de 2,000 blessés et environ 5,000 prisonniers. D'après un rapport fourni par M. de Lugeac cinq jours après l'action, la perte en tués, blessés ou prisonniers fut, pour les officiers seuls du corps francais, de 647, dont 8 généraux, #89 appartenants à l'infanterie, 13% à la cavalerie et 16 à l'état-major et au corps royal; plus de 6,000 soldats manquèrent à l'appel; beaucoup de ces derniers il est vrai rejoignirent après des absences plus ou moins prolongées. Au nombre des officiers généraux tués ou morts de leurs blessures, figurèrent le comte de Revel, maréchal général des logis de l'armée, le marquis de Custines, maréchal de camp, le comte de Dur ort, &de-maré:hal des logis de la cavalerie, M. Doyat, aide-major général et le duc de Beauvilliers br: gadier; le comte de Maïlly, lieutenant général, le cheva lier d’Ailly, le chevalier de Rougé, maréchaux de camp et M. de Guibert, aide-major général, tombèrent aux mains de l'ennemi. Parmi les Impériaux, le prince de Hild burghausen, qui avait essayé de racheter les fautes du commandement par son courage personnel, reçut blessure à l'épaule.

Comme trophées de leur victoire, les Prussiens s'emparèrent de 67 pièces de ‘anon, de 7 drapeaux et de 15 étendards; leur perte comparée à celle des vaincus fut insignifiante; elle atteignit 165 tués et 376 blessés (1) appartenant en srande partie à la cavalerie. Le prince Henri, frer du Roi, les généraux Seydlitz et Meinecke furent au nom bre des blessés. Sur les 27 bataillons présents à l’action

Geschiclite des siebenjohrigen Krieye Vol p. 371.

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