DÉSORDRE DANS L'ARMÉE
menca à reprendre haleine et à songer à la réorganisation.
A vrai dire, jusqu alors le mouvement des Français avait été plutôt une fuite précipitée, sans ordre ni méthode, qu'une marche militaire. La discipline, depuis lengtemps fort ébranlée, avait complètement sombré dans le désastre : malgré son optimisme habituel, le général en chef est obligé de l'avouer (1) : « Je ne puis vous cacher que le désordre a été très grand pendant la retraite. Les troupes couchaient dans les bois et s'écartaient pendant la nuit; il n'était pas possible d'y remédier. Les officiers y ent donné beaucoup d'attention, mais on mourait de faim et de fatigue. D'ailleurs vous n'avez pas ignoré que pendant toute la campagne l’armée à beaucoup maraudé. Ce qui est encore plus fâcheux, c’est que les paysans se sont armés et nous laisserons beaucoup de monde qu'ils assommeront. Ce sont des suites inévitables du malheur qui nous est arrivé, et qui serait devenu encore plus irréparable si le roi de Prusse nous avait suivis vivement. »
Dans leur correspondance, les officiers subalternes font, des jours qui suivirent la bataille de Rossbach, un tableau beaucoup plus chargé. « S'il y eût eu là un ordre de retraite, écrit l'un d’eux (2), on pourrait en donner le détail, mais on à fui pendant huit jours croyant toujours voir venir l'avant-garde prussienne. On trouvait sous la double broderie la sonrce de cette terreur. Le soldat marchant en désordre se portait partout, et pillait non seulement le paysan mais les équipages de l'armée. » M. de Bourcet, commandant de l'artillerie, est aussi sévère dans son jugement : « J'ajouterai, Monseigneur (3), qu'il règne une si grande indiscipline et une volonté si déterminée au
(1) Soubise à Paulmy. Nordhausen, 10 novembre 1757. Archives de la Gusérre,
2) Lettre à Rainsault. Archives de la Guerre, vol. 3413.
(3) Bourcet à Paulmy. Nordhausen, 10 novembre 1737, Archives de la Guerre.
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1 pillage parmi les troupes, qu'on ne peut s'en promettre
| aucune chose à l'avantage de la nation et au soutien de la
gloire de nos armes; 20,000 hommes de troupes médiocres
en battraient 30 de cette espèce. » À propos de perte d’ef-
fets d'hôpitaux que le ministère voulait faire rembourser
par les corps, l'aumônier attaché à ce service put écrire (1) :
« Une année de solde de l'armée de Soubise suffirait à
* peine pour payer tous les pillages et dommages que les
fuyards ont faits dans le pays depuis sa déroute; ils ont
volé et tué dans le plat pays, et même ont pillé des équi-
pages d'officiers qui étaient escortés ; les domestiques pil-
laient autant que les soldats. Au premier gite où les effets
de l'hôpital ont commencé à être pillés, il y avait plus de
00 soldats de tous les régiments de l'armée qui ne vi-
vaient que de maraude. » Enfir le rapport confidentiel de
M. de Vault, tout en plaidant les circonstances atténuantes,
reproduit les mêmes faits (2) : « Le manque de la subsis-
tance en pain, la fatigue, le froid, tout cela mit de l’hu-
meur ct par conséquent du désordre partout. M. le prince
‘ de Soubise et tous les officiers généraux ont cherché à
no l'empêcher, mais tout a été inutile. Les fuyards et les trai-
LÉ neurs se sont répandus partout, ont pillé partout, et n’ont
rejoint qu'en augmentant la honte de leur faute par leur
brigandage. Le séjour que nous avons fait à Nordhausen
a commencé à remettre les tètes; il faut remettre les cœurs tant du côté du courage que de celui de la discipline. »
D'après le sous-chef d'État-major, les ferments de dé-
sorganisation s'étaient introduits dans l'arméc après la | |
jonction avec les troupes des Cercles, et grâce à l'indul-
gence du commandant en chef à l'égard des officiers et |
des sergents des compagnies, s'étaient manifestés depuis,
(1) Briancourt au ministre. Cassel, 28 novembre 1757. Archives de la
Guerre. l (2) De Vault à Paulmy. Mulhausen, 24 novembre 1757. Archives de la
‘(tre le la eres d'efirser (1):
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