‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 326 sur 385 · RESPONSABILITÉ DE SOUBISE · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ DE SOUBISE

dans un ordre de marche q: : rendait, sinon impossible, du moins fort difficile, le déploiement de leurs troupes. Hs ne surent pas tirer parti de leur cavalerie qui chargea successivement et par petits paquets; les quelques régiments, tant francais qu'autrichiens, qui firent leur devoir, furent écrasés par la masse supérieure des escadrons de Seydlitz. L'artillerie qui accompagnait Les colonnes d'infanterie, au lieu de protéger par ses feux l'attaque projetée, dut établir ses batteries dans un terrain en contrebas et ne fit aucun mal à l'ennemi avantageusement posté.

A toutes ces fautes tactiques, les généraux alliés ajouterent celle de n'avoir pas su proliter des avantages que leur assurait leur supériorité numérique. Une grande partie de leur aile gauche ne fut pas engagée et fut entrainée dans la déroute sans avoir tiré un coup de fusil; la division Saint-Germain se laissa amuser par une poignée de Prussiens, ne fit aucun effort (1) pour percer le faible rideau qui lui était opposé, ct ne songea à intervenir qu'après la perte de la bataille.

Au surplus, la défaite de Rossbach, peu honorable pour l'armée vaincue, fut due surtout à l'incapacité et à l'imprévoyance de ses chefs. En sa qualité de sénéralissime, Hildburghausen eut sa large part de responsabilité. Pour: Soubise le jugement de l'histoire est resté sévère : Quoique placé sous les ordres de son collègue, il avait en maintes occasions revendiqué son indépendance; commandant les Français qui composaient plus des trois quarts de l'effectif total, il aurait pu se dérober, une fois de plus, à l'exécution des ordres d'un homme dont il avait souvent discuté l'autorité. Si à Rossbach, pendant les quelques heures qui précédèrent l'affaire, il avait montré l’obstination passive dont il fit usage quand il refusa de suivre Hildburghausen dans

(5) Dans un rapport postérieur à la bataille, Saint-Germain aflirma avoir parcouru le tiers de la distance qui le séparait du gros de l’armée, quand il entendit le premier coup de canon. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.

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sa pointe sur Leipsick, il eût sauvé l'armée et la gloire de son maitre, Intraitable quand il v aurait eu tout avantage à marcher, il devint faible et docile quand il n'y en avait aucun à livrer bataille. Une victoire à Rossbach en effet aurait été presque stérile, car la saison était trop avancée pour entreprendre la conquête de la Saxe, ou mème le siège de Torgau. Eût-il éprouvé un échec, Frédéric attaqué sur le tard, couvert par la nuit et protégé par sa nombreuse cavalerie, aurait pu se retirer sans pertes bien sensibles derrière la Saale, dont certes les alliés n'auraient pas osé tenter le passage.

Dans les cercles militaires, on montra peu d'indulgence pour le général battu dont on attribuait le choix, non sans raison, à la faveur bien plus qu'au talent on aux services rendus. « Jamais les troupes, écrit Gisors (1), n’ont eu la moindre confiance en lui, et ceux qui viennent de périr sous ses ordres sont regardés avec indignation comme des victimes immolées à sa faveur; si cette même faveur le soutient malgré cet échec dans un poste dont on le juge incapable, il ne peut rien espérer de ceux qu'il commandera et de tout le public militaire. » Le verdict du jeune brigadier a été dépassé en sévérité par celui d'une autorité bien autrement compétente Voici en quels termes Napoléon (2) a donné son appréciation sur la défaite et sur le général : « Le résultat de la bataille de Rossbach n'est pas extraordinaire: 22 à 26,000 Prussiens, troupes d'élite et bien commandées, devaient battre #5 à 50,000 hommes de troupes de l'Empire et françaises de ce temps, si misérablement commandées; mais ce qui a été un sujet d'étonnement et de honte, c'est d'avoir été battus par 6 bataillons et 30 escadrons.. A la bataille de Rossbach, le prince de Soubise ima-

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(1) Gisors à Belleisle. Gross Schoulpen, le 10 novembre 1757, Archives de la Guerre.

(2) Précis de la guerre de Sept Ans écrit à Sainte-Hélène.

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