JUGEMENT DE NAPOLEON
gina vouloir singer l'ordre oblique. I fit une marche de flanc devant les positions du Roï. Les résultats en sont assez connus. Frédéric à Kolin ne perdit que son armée, Soubise à Rossbach perdit son armée et l'honneur. »
Cette condamnation, fondée au point de vae du tacticien, nous parait excessive. Une défaite comme celle de Rossbach, quand elle engage la responsabilité du chef, peut détruire ses prétentions à la réputation militaire maïs n'entache pas son honneur. Sans doute Soubise devait pour beaucoup son élévation à l'affection de M" de Pompadour et à l'amitié du Roi; mais parmi les nombreuses médiocrités qui constituaient le cadre des lieutenants-géncraux de l’armée francaise de cette époque, s’il est difficile de soutenir que le vaincu de Rossbach se détache supérieur, il serait injuste de lui décerner un brevet d'infériorité. Consciencieux, attentif à la besogne, soucieux du bien-être du soldat, serviable pour ses subordonnés, brave au feu, Soubise eut le malheur de se trouver, en compagnie d’un collègue plus incapable que lui-même, opposé au premier “énéral de son temps; aussi faut-il lui en vouloir moins d’avoir été battu que d’avoir livré bataille. En risquant une action, en désobéissant à l'esprit et presque à la lettre des instructions de la cour, il avait mérité une disgràce: tout au contraire, son malheur en le rendant intéressant ne fit que confirmer son crédit.
Pour le souverain, dont on se plairait à excuser la débonnaireté si elle ne s'était pas exercée sans souci et aux dépens des intérêts de son royaume, la journée de Rossbach prit bientôt le caractère d’un désastre. L'effondrement de son armée marqua aux veux du monde la décadence de la France; avec lui s’évanouit le prestise glorieusement acquis pendant le rèsne de Louis XIV, plus péniblement maintenu pendant les premières années de son successeur ; il mit en lumière l'indiscipline des soldats, l'impéritie des généraux. En revanche la victoire facile et
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éclatante des Prussiens acerut beaucoup la gloire du chef et la renommée de ses troupes. Frédéric ÿ déploya toutes ses qualités : sang-froid du général qni laisse, sans s'émouvoir, se dessiner les projets de l'adversaire, décision prompte aussitôt qu'il les a percés, exécution aussi rapide qu'intelligente , utilisation des avantages du terrain, mise à profit des fautes de l'ennemi, concentration de tous les moyens sur leur point faible, emploi habile des trois armes, maximum de résultats obtenus au prix d'un minimum de sacrifices, telles sont les caractéristiques de cette action qui fut le point tournant de sa fortune pour l'année 1757, et peut-ètre pour toute la guerre. Frédéric, häâtons-nous de le dire, fut admirablement secondé; Sevdlitz surtout, par la conduite de ses escadrons et le coup d'œil sur le terrain, se révéla général de cavalerie de premier ordre.
Pendant les trois jours passés à Nordhausen Soubise remit un peu d'ordre dans l'armée; de nombreux fuyards et trainards rentrèrent dans le rang; on se compta et on put constater que sauf dans les régiments de Piedmont, Mailly et Poitou pour l'infanterie, dans la brigade de Penthièvre pour la cavalerie, les pertes n'étaient pas aussi sensibles qu'on l'avait cru d'abord. Mais personne ne pense à tirer parti de la disparition des Prussiens pour se reporter en avant; les soldats qui avaient perdu leurs tentes, leurs eflets, leurs marmites, étaient trop démoralisés pour tenter un effort contre lequel les officiers auraient été les premiers à protester.
On était las de la campagne et on ne songeait qu'au repos des quartiers d'hiver; la discussion s'engagea avec Richelieu sur la région à choisir. Soubise aurait voulu sc loger en Hesse avec le gros de ses troupes et occuper Eisenach (1), Gotha et Erfurt avec son avant-garde; Riche-
1) De Vault à Paulmy. Duderstadt, 19 novembre 1757. Archives de la Guerre.
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