DÉPÊCHE DE PAULMY A SOUBISE
lieu, d'accord en la circonstance avec Crémille 1 arrivé à Halberstadt la veille de la bataille, ne se souciait pris de prendre contactavee l'armée vaineue et conseillait son renvoi dans le comté de Hanau et sur le Mein, D'ailleurs l'installation dans la Hesse du corps de Soubise aurait entrainé le départ des 19 bataillons et 28 escadrons qui y étaient déjà, et le resserrement des cantonnements de la grande armée. Le maréchal des louis senéral de celleei, Maillebois, vint à Duderstadt, localité situce au delà des montagnes du Hartz, conférer avec Soubise et lui faire part des intentions de son chef. Dans les dépéches envoyées (2) à la suite de cette entrevue, Soubise se déclara prêt à rendre à Richelieu la division que ce dernier lui avait prètée, à servir sous ses ordres à la condition de conserver son état-major indépendant, mais désireux de se loger en Hesse, où il se chargerait, avec Les 30 bataillons et 20 escadrons qui lui resteraient, de garnir et au besoin de défendre la ligne du Weser supérieur et de son affluent la Werra. En attendant la décision du ministre. il obtempéra à l'invitation du maréchal, mit ses propres troupes en marche sur Fulde, et renvoya en Westphalie celles que lui avait amencées le due de Broglie.
Ce fut à Duderstadt que le général malheureux recut Les premiers avis de la cour; la nouvelle de Rossbach était arrivée à Versailles le 11 novembre, tandis que la première lettre de Paulmy était datée du 15. Le ton du ministre, qui avait eu le temps de s'inspirer des sentiments du souverain, était aussi sympathique que rassurant (3; : « Jose espérer que connaissant jusqu'à quel point je vous suis dévoué, vous ne douterez pas un moment que lin-
1) Crémide à Paulims. Brunswick, HE novembre 1737, Archives de Ta Guerre,
(>) Soubise à Paulhmv. Duderstadt, 14 novembre 1757, Archives de fa Guerre
3, Paulmy à Soubise, 13 novembre 1757. Archives de la Guerre.
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térêt que je prends à votre satisfaction n'entre pour beaucoup dans la douleur et l'abattement dont je suis affecté, et dans les souhaits que je fais pour que vous puissiez vous procurer quelques sujets de consolation. » Du moment que Paulmy semblait plus teuché du chagrin personnel du général vaincu que du tort fait à l'armée et à la cause du Roi, Soubise pouvait espérer que Louis ne se vengerait pas de l'affront infligé à sa renommée, en disgrâciant l’auteur responsable du désastre.
Une seconde dépèche (1) apporta les instructions définitives. Les troupes de Soubise devaient être cantonnées dans la Hesse « ou dans les autres pays... que M. le maréchal de Richelieu et vous jugerez les meilleurs »; elles passeraient sous l'autorité du généralissime; mais avec quels ménagements la décision est-elle communiquée! « Cette position les met à la vérité aux ordres de M. le maréchal de Richelieu qui sera même obligé de changer une partie de ses quartiers déjà établis pour leur place; mais je vois, Monseigneur, que vous avez prévu vous-même que dans les circonstances présentes, vous trouvant affaibli d’une grande partie de votre armée par la perte qu'elle à soufferte, et séparé entièrement, et à ce qu’il faut espérer pour toujours, de l’armée de l'Empire, vous avez senti, dis-je, qu'il était difficile de ne pas réunir votre armée à celle de M. le maréchal de Richelieu, du moins pour cet hiver et jusqu'à ce que de nouvelles circonstances mettent le Roi à portée de vous confier un nouveau corps où, n'étant subordonné à personne, vous puissiez vous livrer sans contrainte à ce que vos lumiéres militaires et votre zèle vous inspirent... Au reste son intention est que vous continuiez de commander sous lui un corps de réserve, comme vous le faisiez, au commencement de la campagne, sous M. le maréchal d'Estrées:
(1) Paulmy à Soubise, 21 novembre 1757. Archives de la Guerre.
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que ce corps soit composé des régiments de votre armée qui ont le moins souffert à l'action du 5, et des autres régiments qu'il jugera à propos d'y joindre... Quelque nécessaire que soit cet arrangement dans les circonstances présentes, ce n’est pas, Monseigneur, sans une vraie peine que je vous l'annonce. Du reste vous saurez sans doute par le Roi lui-même qu'il est bien éloigné de vous faire aucun reproche, ni de vous imputer aucun tort dans le malheur qui vous est arrivé. Je suis témoin au contraire de ce que Sa Majesté déclare aussi ouvertement au public qu'Elie le dit Bbrement en particulier, que la journée du 5 ne vous a rien fait perdre de sa confiance, de son estime et de ses bontés. »
En annoncant la résolution royale à Richelieu, le ministre tient le même langage; il a soin de le prévenir (1) « que Sa Majesté, bien loin d'ûtre mécontente de M. le prince de Soubise, lui conserve les mêmes bonnes grâces et est très éloignée de vouloir lui causer aucune mortification. » Décidément la faveur du Roi et l'amitié de la Pompadour l'emportaient sur toute considération militaire ou politique.
Moins partiale, l'opinion publique se vengea de la blessure faite à l'amour-propre national, en chansonnant le général maseureux. Les vers suivants, dans lesquels Sorbise est censé raconter sa campagne, donnent un apercu de l'esprit humoristique qui s’exerca à ses dépens (2) :
Mardi, mercredi, jeudi,
Sont trois jours de la semaine.
Je m’assemblai le mardi, Mercredi je fus en plaine,
Je fus battu le jeudi.
Mardi, mercredi, jeudi,
Sont trois jours de la semaine.
(1) Paulmy à Richelieu, 22 novembre 1757. Archives de la Guerre. (2) Chanson sur la bataille de Rossbach, vol. XXXIV. Archives de la Guerre.
L'ordre relatif au cantonnement dans ia Hesse ne put pas ètre exécuté; quand il parvint à l'armée, les régiments étaient déjà en plein mouvement sur le Mein e£ ja Lahn ; ils continuèrent leur marche, et dans les premiers jours de décembre Soubise s'installa à Hanau, d'où il était parii six mois auparavant. « 1 est difficile, Monseigneur, écrivait avec quelque raison De Vault (1), devenu chef d'état-major du corps indépendant, de sc consoler d'être obiigé d'aller prendre des quartiers sur Le Mein st près du Rhin, après avoir été aux portes de Leipsick. »
Pendant la campagne de Rossbach et la retraite précipitée qui avait suivi la défaite, que s'était-il passé à l’armée de Richelieu? Ce général, on s'en souvient, après avoir détaché une division sous le duc de Broglie pour renforcer le corps de Soubise. était resté inactif à Halberstadt. Désireux de satisfaire le besoin de repos qui se manifestait dans tous les rangs et dans tous les grades, anxieux des lenteurs et des difficultés de tout genre qui retardaient l'exécution de la convention de Closter Seven , il aurait voulu établir ses quartiers d'hiver dans le Brunswick et le Hanovre; et pour assurer ses derrières et tirer parti des pays occupés, il avait signé avec le prince Ferdinand une convention de neutralité qui lui accordait les desiderata visés. Malheureusement pour les desscins du maréchal, il lui avait fallu soumettre cet arrangement à la ratification de la cour. En attendant la réponse de Yersailles, et tout en gardant ses positions, il ne cessait de revenir sur l'impossibilité de demeurer à Halberstadt,
Mais, si à l'état-major et dans les régiments, on se montrait fort opposé à la prolongation «lu séjour, à Paris, au contraire, on trouvait intempestive une retraite qui laisserait Soubise à découvert et encouragerait ics entreprises du roi de Prusse; on n’osait pas prescrire la conser-
1) De Vauli à Paulmy. Duderstadt, 19 novembre 1757. Archives de la Guerre,
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