ARRIVÉE DE CRÉMILLE A HALBERSTADT
n'est pas d'ailleurs sans inquiétude au sujet de Soubise : « J'espère qu'il se retirera sans échec derrière l'Unstrut : dans ce moment Je me retirerai de même derrière l’Ocker, ce qui est une affaire de deux ou trois jours au plus, à ce qu'il me parait. » Tant pis si Crémille ne rejoint pas avant l'évacuation : « Je suis très affligé que son départ ait été si fort retardé, car j'ai bien peur qu'il soit oblige de s’en retourner sans pouvoir voir par lui-même la beaute du poste admirable d'Halberstadt, »
Malgré les craintes sarcastiques du maréchal, Crémilie arriva en temps utile; débarqué au quartier-général le # au matin, il visita la ville et ses environs et fit aussitôt son rapport, peu favorable (1) aux desseins de la cour : La mise en défense de la place, indispensabie si on voulait s'y maintenir, demanderait, d'après le commandant de l'artillerie, M. de Vallière, trois mois de travaux, 6,000 brouettes et une infinité de tranchées. IL avait été à Quedlir bourg « plat comme la Beauce », mais n'aurait pas le temps de pousser jusqu’à la Bode « parce que M. le maréchal évacue demain Halberstadt et tous les autres postes en avant... supposé néanmoins que les nouveaux mouvements du roi de Prusse vis-à-vis de M. le prince de Soubise n'obligent de se porter à son secours. » Un post-ccriptum daté d'Achem le 6 novembre à neuf heures du soir, annonce la défaite de Rossbach ; les troupes ayant été dirigées sur Duderstadt, rien ne serait changé à cette marche qui protégerait la retraite des vaincus.
Bien vite rassuré sur le sort de son collègue que la rapidité de sa fuite avait mis à l'abri, Richelieu envoya Maillebois s'entendre avec lui à Duderstadt, et se rendit de sa personne avec le gros de ses forces à Bruaswick, où l’appelaient les nouvelles fort graves du Hanovre.
Nous avons raconté plus haut l'accueil fait à Londres à
(1) Crémille à Paulmy. Halberstadt, 5 et 6 novemb'e 1757. Archives de la Guerre.
la convention de Closter Seven, le rappel et la disgrâce de Cumberland, les hésitations des ministres anglais et hanovriens, la mission de Münchhausen auprès du conseil de régence à Stade, enfin l'envoi du général Schulenburg au roi de Prusse. Pendant qu'on cherchait à mettre d'accord les conseils violents de George IT avec les avis timorés de ses ministres électoraux, les deux alliés du Roi-Électeur avaient entamé des pourparlers qui avaient abouti pour le Brunswick à Vienne, mais qui étaient encore en suspens à Paris pour la Hesse. Richelieu, immobile à Halberstadt, n'avait pas encore été fixé par le cabinet francais sur le traitement qui serait appliqué aux contingents hessois et brunswickois, une fois rapatriés. Il fut désagréablement surpris (1) par la visite d'un officier chargé de lui annoncerun mouvement rétrograde de la division hessoise. Ces troupes, arrêtées dans leur marche à la suite du malencontreux propos du maréchal sur le désarmement, étaient restées cantonnées sur place avec l’assentiment des autorités francaises, en attendant la solution du point en suspens. Le général Zastrow, qui avait pris le commandement après le départ de Cumberland, prévenait le maréchal que, pour faciliter le service des vivres, il venait de ramener les Hessois sur Stade. Sous un prétexte en apparence plausible, c'était en réalité une violation de la capitulation et des arrangements postérieurs. Richelieu répondit aussitôt par une protestation adressée à Zastrow et au Landgrave.
A peu près en même temps que l’émissaire hanovrien. arriva le hessois Donop, délégué par son souverain pour continuer avec le général en chef les négociations commencées à Paris. Dans une lettre à Donop dont celui-ci donna lecture à Richelieu, le Landgrave s’étendait sur « la misere à laquelle son pays est livré et sur l'existence qu'il
(1) Richelieu à Bernis. Halberstadt, 1° novembre 1757. Archives de la Guerre.
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