‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 331 sur 385 · DISCUSSIONS SUR LE TRAITEMENT DES HESSOIS. GA · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS SUR LE TRAITEMENT DES HESSOIS. GA

tire de la valeur de ses troupes. » Un passage était surtout à retenir : « J'ignore, écrivait le prince (1), si le roi de la Grande-Bretagne, comme Électeur de Hanovre, ratifiera la capitulation de Closter Seven: mais le ministère britannique prétend que le duc de Cumberland, dans aucune qualité, ne pouvait disposer des troupes payées par la Grande-Bretagne... Je ne cacherai pas non plus qu'on me presse de faire passer mes troupes pour joindre celles du roi de Prusse, ce qui m'avait fait désirer qu'elles fussent dans les États du roi de Danemark pour éviter une situation aussi embarrassante. Tâchez de faire expliquer le maréchal de Richelieu sur l'usage qu'il voudrait faire de mes troupes. » Ce ne serait qu'après entente sur le point des contributions et sur celui de l'emploi de ses soldats que le Landgrave pourrait prendre parti. Aux questions de Donop le maréchal n'avait répondu qu’en termes évasifs. Les choses en étaient là, quand survint une dépêche de Versailles (2) donnant carte blanche au commandant de l’armée pour Île traitement des Hessois. La cour préférerait le désarmement; « mais les difficultés nouvelles que vous éprouvez à cet égard nous mettent dans le cas de remettre entièrement cet article à votre prudence, pour ne pas nous exposer à une rupture totale plus désagréable encore que ne sont importantes, quoiqu'elles le soient beaucoup, les raisons qui feraient désirer ce désarmement. »

Muni de son autorisation, le maréchal se rend auprès de Donop qui était au lit avec un accès de goutte: à son chevet il trouve le comte de Lynar; il les somme tous deux d'avoir à exécuter la convention, toute difficulté ayant disparu a sujet des troupes hessoises. « En vertu de mes

(1) Richelieu à Bernis. Helberstadt, 1 novembre 1757. Résumé de la lettre du Landgrave. Archives de la Guerre.

(2) Ministre à Richelieu, 24 octobre 1757. Archi, Ge a Guerre,

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pleins pouvoirs, raconte Richelica (1), vu la circonstance présente, je lui donnai parole qu'elles ne le seraient pas (désarmées), parce que rien n'était si pressé dans le mois de novembre où nous étions que de savoir si nous aurions la paix ou la guerre... J'ai accompagné cela de tout ce qui pouvait effrayer des horreurs du droit de la guerre après l'infraction d'une capitulation. »

Ce langage énergique parut impressionner. « Il (M. de Lynar) a marqué en même temps beaucoup de joie de la sitration de cette affaire qu'il regardait comme finie; et M. Donop, avec un air mêlé de désir et de crainte et de douleurs de goutte, m'a dit qu'il allait faire partir un courrier dont il demanderait le retour avec autant d’impatience que je pouvais le désirer; et le courrier est parti effectivement hier au soir, avec des lettres de M. de Lynar pour le commandant des troupes de Hanovre à Stade, qui étaient, à ce qu'il m'a assuré, une sommation pour l'exécution de la capitulation que je demande. »

Richelieu croit à une prompte solution et énumère les bons résultats qu’il en attend : «Je ne sais si je me trompe, Monsieur, mais si le retour du courrier du Landgrave, que j'ai sommé de la plus prompte réponse, arrive aussitôt que je l'espère, et que les troupes hessoises se mettent en marche pour venir en Hesse, et y ètre dispersées selon les arrangements ultérieurs qu’il sera fort aisé de prendre, et que les troupes hanovriennes marchent dans le duché de Lauenbourg, vous jouissez de fait de tous les avantages de la capitulation puisque les troupes hessoises seront au milieu des vôtres à votre discrétion, ce qui rend plus que probable l'acquisition de ces troupes à votre service, à des conditions raisonnables que la justice du Roi voudra bien leur accorder. Vous jouissez de celles de

(1) Richelieu à Bernis. Halberstadt, 1 novembre 1757. Archives de la Guerre.

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CONCENTRATION DES CONFÉDERÉS. 649

Brunswick par un autre traité, et celles de Gotha dont jusqu'ici vous ne m'avez pas parlé feront certainement ce que vous voudrez. Les troupes de Hanovre , isolées, unies ou séparées, ne sont pas de grande considération, en tenant surtout tout leur pays à notre disposition comme nous le faisons. » En terminant, Richelieu rappelle qu'il n'a pas les pouvoirs pour négocier un traité définitif avec Cumberland ou son successeur, et qu'il attend les ordres du Roi à ce sujet.

Sans aucun doute, le désir de surveiller de plus près les agissements des alliés n'avait pas été étranger à l'évacuation d'Halberstadt. Au cours de la marche rétrograde, on avait eu des avis fort inquiétants. M. de Perreuse, qui commandait à Harburg, signalait les mouvements (1) de concentration des Hanovriens qui avaient continué malgré sa protestation adressée à Zastrow. Du quartier-général de Brunswick, Richelieu expédia à son tour, le 9 novembre (2), au général hanovrien et au landgrave de Hesse, des lettres leur enjoignant, maintenant que la question du désarmement des Hessois était résolue en leur faveur, d'exécuter la convention et de reprendre la dislocation suspendue. Il avait eu soin de souligner sa mise en demeure par des propos destinés à être répétés, sur les représailles qu'il se croirait en droit d'exercer contre les domaines de l'Électeur et du Landgrave et contre les propriétés (3) de leurs ministres. Enfin, pour appuyer ce langage menaçant, 30 bataiilons et 30 escadrons furent diri-

(1) Zastrow à Perreuse, 2 novembre 1757. Perreuse à Zastrow, 4 novembre 1757. Perreuse au ministre, 4 novembre 1757. Archives de la Guerre.

(2) Richelieu à Zastrow. Brunswick, 9 novembre 1757. Archives de la Guerre. Voir le texte de la lettre Hassel, p. 526. Richelieu au Landgrave. Brunswick, 12 novembre 1757. Archives de la Guerre.

(3) Des affiches ordonnant la confiscation des biens meubles et immeubles des officiers hanovriens furent posées à la date du 22 décembre 1757. La menace ne fut pas suivie d'exécution. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.

gés sous les ordres du marquis de Villemeur du côté de Lüneburg.

Toutefois, en rendant compte de ces mesures, Richelieu ne peut dissimuler ses craintes (1) : Pas de réponse du Landgrave au message transmis par Donop; ce dernier « a la goutte la plus monstrueuse du monde; je le vois cependant tous les jours, et comme cela ne l'empêche pas de causer, il me l'aurait annoncé s’il en avait eu. » Il serait très important de détacher les troupes de Brunswick de l'armée confédérée, mais, écrit-il non sans ironie : « Je suis si accoutumé au peu d'intelligence que l'on me trouve en capitulation que je n'aurais jamais pris sur moi de changer l'article d'un traité... et par la défiance où vous m'avez mis de mes lumières, si M. de Crémille qui vous à quitté depuis peu, et par conséquent qui est plus à portée de savoir vos intentions et d’avoir votre confiance, ne m'y avait absolument décidé. » Il fut convenu avec le duc de Brunswick que le contingent ducal serait immédiatement rappelé, et qu’en attendant l'accord sur les conditions du passage de ces troupes au service de la France, Villemeur protégerait leur marche et assurerait leur subsistance.

On commençait à s'inquiéter aussi à Versailles: la dépèche de Richelieu se croisa avec une lettre de Bernis (2). Le ministre des Affaires Étrangères se justifiait du retard apporté à la ratification, en invoquant la nécessité d'explications qu'un peu plus de clarté dans la rédaction primitive eût rendues inutiles. « D'ailleurs, Monsieur, ce n’est pas à vous à qui il faut apprendre que dans les affaires politiques, et surtout dans les traités et conventions, les points et les virgules ne sont pas indifférents. » AuJoud'hui les difficultés sont levées; Richelieu a, pour terminer

(4) Richelieu à Bernis. Brunswick, 12 novembre 1757. Archives de la Guerre.

(2) Bernis à Richelieu, 12 novembre 1757. Archives de la Guerre.

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