PLEINS POUVOIRS DONNES A RICHELIEU
l'incident, des pleins pouvoirs qu'on n'a pu préparer « avant d'avoir rétabli et éclairei l'état de la question, » Dans l'intervalle, il est vrai, a eu lieu le malheur de Rossbach dont la nouvelle vient d'arriver à Paris et sur les conséquences duquel il est impossible de se faire illusion
« L'échec que nous venons de recevoir rendra peut-être plus difficile et épineuse votre négociation avec le duc de Brunswick et le landgrave de Hesse: c’est pourquoi, en vous instruisant de ce qu'il conviendrait au Roi de stipuler dans les traités que’ vous devez signer avec eux, Sa Majesté vous laisse le maitre d'adoucir certaines conditions que les circonstances ne vous mettraient plus dans le cas de pouvoir ob :nir. » Bernis continue en insistant sur l'urgence de soutenir les Suédois et le duc de Mecklembourg, menacés par l'armée de Lehwaldt; il se demande mème s’il ne serait pas possible d'envoyer à leur secours les Hessois et Brunswickois dès qu'ils seraient entrés au service de la France. Dans un post-scriptum, le ministre accuse réception de l'avis concernant les mouvements des alliés; il en est vivement affecté, et exprime la crainte que la convention ne soit violée par les Hessois aussi bien que par les Hanovriens.
A la dépêche était annexé un mémoire (1) évidemment rédigé avant connaisance de la défaite de Soubise; cette pièce débutait par une longue diatribe contre la mauvaise foi du roi d'Angleterre, parlait de la méfiance qu'inspiraient les agissements suspects du Danemarck, et démontrait l'avantage qu'il y aurait à détacher de la confédération le Brunswick et la Hesse, et à prendre les contingents de ces deux États à la solde francaise. D'infortune, ce projet, très habilement combiné, avait le tort de n'être plus de circonstance; praticable en août, en septembre ou en octobre, il ne l'était plus après la bataille de Rossbach.
(1) Instructions pour Richelieu, 13 novembre 1757. Archives de la Guerre.
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Au moins croyait-on pouvoir compter sur la défection des Brunswickois; le duc, sommé (1) par la régence de Hanovre de s'expliquer catégoriquement sur ses intentions, avait différé sa réponse et expédié à ses troupes l'ordre positif de le rejoindre dans la capitale. Ces instructions recurent un commencement d'exécution (2). La division ducale se mit en marche le 19 novembre à trois heures du matin; le général d'Imhoff qui la commandait, trouva à la digue de Mulsum le pont coupé par un détachement hanovrien; il fallut chasser les opposants et rétablir le passage; on y perdit trois heures. Entre temps, des régiments, tant hanovriens que hessois, s'étaient mis à la poursuite des Brunswickois, s'étaient emparés des bagages et avaient fait l'escorte prisonnière. On se mit à parlementer (3). Imhotf, très embarrassé du rôle qu'il avait à Jouer, se laissa intimider par la vue de quelques cavaliers sur les flancs et en tête de sa colonne, suspendit son mouvement et alla porter ses réclamations au général Zastrow qui était accouru sur les lieux. Il fut aussitôt arrêté et conduit sous bonne garde à Stade; le général de Behr tomba dans le même piège et eut le même sort. Désorientés, sans direction, privés de leurs chefs, les Brunswickois durent reprendre, sous la surveillance de leurs alliés, le chemin du camp sous les murs de Stade. Cette affaire donna lieu à une longue polémique entre le duc de Brunswick, son frère. et son fils (4); le duc, qui était sous la coupe des Français et qui avait pris avec eux des ‘engagements, semble avoir été de bonne foi et avoir voulu sincèrement
(1) Richelieu à Bernis. Brunswick, 10 novembre 1757. Archives de la Guerre.
(2) Factum du duc de Brunswick, 21 novembre 1757. Archives de la Guerre.
(3) Voir pour les détails Hassell, p. 474 et suivantes.
(4) Voir la correspondance du duc de Erunswick. Parallèle de la conduite du Roi.
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