‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 341 sur 385 · OCCUPATION DE BRÊME PAR BROGLIE · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE BRÊME PAR BROGLIE

soldats souffraient beaucoup du froid; quelques factionnaires avaient été trouvés morts à leur poste; dans une seule nuit #0 dragons avaient eu les pieds gelés; « la terre était convertie en marbre. » Broglie annonçait que (1) le Weser était pris et dépeignait le triste état de sa division : « Il est bien à souhaiter que cela finisse, sans quoi il n’y aura plus d'armée. »

La fin des hostilités fut signalée par des événements de fortune diverse pour les armes françaises. Le premier fut la prise de Harburg par les Hanovriens; cette petite place capitula le 30 décembre après un bombardement de trente jours; le maréchal de camp Perreuse qui y commandait, se distingua par sa belle défense et obtint pour sa garnison les honneurs de la guerre et le droit de rentrer en France. Le second fut l'occupation de Brême par le duc de Broglie. Ce général, convaincu de la nécessité de se rendre maitre d’une ville dont la possession assurait la défense du bas Weser, sollicita des ordres à cet effet. Ils lui furent expédiés le 13 janvier de Hanovre; Richelieu, dans un manifeste adressé aux habitants, invoquait la rupture par l'ennemi de la convention de Closter Seven pour se dégager (2) de la neutralité promise à la ville impériale.

A cette occasion Broglie déploya une énergie qui fait contraste avec la timidité de la plupart de ses collègues. !l somma, le 15 janvier, les magistrats de Brême, leur donna deux heures pour répondre et fit dans l'intervalle ses préparatifs d'assaut. Le délai expiré, on ouvrit les portes où vinrent se poster quelques grenadiers français. Le lendemain, avec une seule compagnie pour escorte, Broglie se

(1) Broglte à Richelieu, près Brême, 31 décembre 1757. Archives de la Guerre.

(2) Richelieu ne fit que prévenir le prince Ferdinand. Ce dernier annonce dans sa dépéche au roi d'Angleterre, en date du 3 janvier 1758, son intention d'occuper Brême dès la reprise des hostilités.

rendit à l'Hôtel de ville. « Je me portai, écrit-il (1), à la maison du commissaire. En y arrivant la populace commen£a à nous huer; je fis former les grenadiers et je m'avançai pour parler aux mutins qui étaient presque tous des bateliers ivres. Nous les haranguâmes, M. de Wurmser et moi, mais plus nous leur parlions et plus ils se mutinaient ; ils se saisirent de grandes perches et de quelques haches et nous menacèrent beaucoup. J'envoyai chercher d’autres compagnies de grenadiers et nous payâmes d’audace.. Enfin il nous arriva trois autres compagnies de grenadiers. Dès qu'ils nous virent en forces, ils s'éloignèrent et coururent à la porte par laquelle nous entrions. » Là il y eut une bagarre qui coùta la vie à trois hommes et à une femme; puis le calme se rétablit et les Français purent s'installer dans l'intérieur de la ville. Les troupes furent, d'après Broglie, « d'une sagesse exemplaire et d’une patience infinie, quoiqu'elles souffrissent beaucoup, étant sous les armes depuis le 15 au matin, et par le temps le plus froid que j'aie essuyé... Je vous fais mon compliment, M. le maréchal, sur cette conquête qui n’a pas été difficile; mais vu la p'oximité des ennemis et l'affection que la populace leur porte, si le projet de s'en emparer avait transpiré et qu’elle eût eu le temps de prendre un parti, cela aurait pu le devenir. »

Tandis que l’aile gauche prenait possession de Brême, de sa droite Richelieu avait dirigé une forte reconnaissance sous les ordres de M. de Voyer. Cet officier pénétra jusqu’à Halberstadt (2) chassant devant lui les détachements prussiens quil avait inutilement tenté de surprendre; il fit un court séjour dans la ville et essaya de faire rentrer les réquisitions £ünt la livraison avait été interrompue à la suite de la ret:aite de l’armée française, au commen-

(1) Broglie à Richelieu. Brême, le 17 janvier 1758. Archives de la Guerre. (2) Halberstadt était retombé aux mains des Prussiens après le départ de Fischer.

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