VOYER RENTRE A HALBERSTADT
cement de novembre. C'est à propos de l'incursion de Voyer que le maréchal écrivit au ministre (1) : « Il doit faire quelques échantillons de l'incendie et des désordres dont ils sont menacés s'ils ne paient pas les contributions; il doit en rapporter même autant que le temps et les circonstances pourraient le permettre, et amener de nouveaux otages. » Des exactions francaises dans son royaume, Frédéric se vengea à sa facon (2) en levant en Saxe un impôt extraordinaire.
La facilité avec laquelle l'expédition de Voyer avait pu s'effectuer, démcntrait l’inanité du trouble manifesté, tant à l'état-major qu'à Versailles, au sujet des dangers d'une diversion du prince Henri de Prusse. Paulmy, plus ému que de raison des bruits qui circulaient sur l'envoi de renforts aux Hanovriens et sur la réapparition en Saxe du terrible roi de Prusse, avait donné ordre à Maillebois et à Crémille qui étaient en route por. Paris, de rejoindre le quartier-général où leur présence était indispensable, et avait averti Richelieu de cette mesure. Ce dernier répond dans ant lettre où le tour ironique, familier à l'écrivain, souligne la mauvaise humeur et l’'amour-propre froissé du général. « Plus j’examine, écrit-il (3), les craintes que vous avez eues et leur effet subit, et plus j'avoue qu’elles m'ont paru prises légèrement, et faire un effet dans ce pays-ci que je voudrais qui ne fût pas arrivé. 1l serait à désirer qu’il pût y avoir ici quelqu'un en qui l’on püt prendre assez de confiance, pour perdre de vue l’idée de pouvoir diriger de Versailles un pays et des affaires à 300 lieues, dont les circonstances sont toujours différentes et souvent opposées à celles dans lesquelles on les voit, en faisant partir le courrier... Je
(1) Richelieu à Paulmy. Hanovre, 14 janvier 1758. Archives de la Guerre.
(2) Frédéric à Keith. Breslau, 23 janvier 1758. Correspondance politique, vol. XVI, p. 192.
(3) Richelieu à Paulmy. Hanovre, 18 janvier 1758. Archives de la Guerre.
sens tout le prix de la présence et des conseils de MM. de Crémille et Maïllebois; et plus je sais leur valeur, et plus je les désirerais à Versailles, où ils seraient bien plus importants au service du Roi qu'ils ne peuvent l’être ici. »
Depuis la retraite des Hanovriens, Richelieu avait insisté à plusieurs reprises sur l’utilité, pour les affaires du Roi et pour les siennes, d’un voyage à la cour. Cette proposition, survenue à un moment où l’on jugeait la situation en Hanovre fort critique, avait dû être très mal interprétée; aussi le maréchal (1) cherche-t-il à se justifier : « Je prévois, Monsieur, que dans ces circonstances vous serez aussi surpris de la demande que je vous ai faite d’aller à Paris, que je l’ai été de voir arriver vos deux courriers. J'espère cependant que vous aurez remarqué que ma demande était soumise aux circonstances, et que si vous aviez en moi la confiance que je méritais au moins sur cet article, vous auriez été bien persuadé que je ne serais point parti qu’avec un degré de probabilité de confiance qui devait vous rassurer, et que d’ailleurs, dans quelque cas qui puisse arriver, ma présence à la cour, au moins pour quinze jours, est indispensable. Elle le serait pour moi si le Roi pense à choisir un autre général pour commander l’armée l’année prochaine; elle l’est bien davantage pour son service si je devais continuer le commandement. »
Au moment où Richelieu traçait ces lignes, son remplacement était devenu un fait accompli. Dans une dépèche du 16 janvier, Paulmy lui fait part de la décision. Le Roi veut bien accéder à la prière du maréchal de se rendre à Versailles, mais il voit (2) un grave danger à laisser l’armée sans chef, exposée à une entreprise de l'ennemi ; aussi « a-t-il beaucoup hésité à vous accorder la permission que vous demandez avec instance de revenir à la
(1) Richelieu à Paulmy, 18 janvier 1758. Archives de la Guerre. (2) Paulmy à Richelieu, 16 janvier 1758. Archives de la Guerre.
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