RAPPEL DE RICHELIEU
cour; mais enfin Sa Majesté a cédé à votre empressement à cet égard, d'autant plus qu’il est fondé, tant sur l’état de votre santé que sur l'utilité dont peut être ce voyage, pour vous donner lieu d’expliquer en détail les circonstances et la situation actuelle des choses à l’armée, et de nous fournir des lumières sur les opérations de la campagne prochaine. Sa Majesté vous permet donc de revenir ici et compte vous y voir bientôt; mais son intention est que vous ne fassiez usage de cette liberté qu'après l’arrivée de M. le comte de Clermont, prince du sang, à qui le Roi donne ordre de se rendre incessamment et diligemment à l’armée dont vous lui remettrez le commandement. »
Richelieu reçut les ordres du roi à Hanovre le 22 janvier. Peut-être ne fut-il pas fâché d’un rappel qui le tirait d’une position dont il ne pouvait, malgré son optimisme et son assurance, méconnaitre les périls grandissants. Toujours est-il qu’il se garda de manifester le moindre dépit : « Je n’ai (1) qu'à ous marquer ma satisfaction de la bonté que le Roi a de me permettre de m'en aller; je croyais mon errivée à la cour importante pour son armée, et c'était ce qui me donnait le plus de courage pour y insister, elle ne l’est aujourd'hui que pour moi, et ma satisfaction sera fort grande, si le Roi est content de mes services et m'honore toujours de ses bontés; elle serait complète si vous n’aviez point exigé que j'aitendisse ici M. le comte de Clermont. » Le vœu du maréchal fut exaucé; il evt bientôt l’avis (2) du départ de Paris de son successeur et l'autorisation de rentrer sans transmission officielle du commandement.
Avec le retour de Richelieu finit la campagne si brillamment commencée, si tristement terminée. Quelle dif-
(1) Richelieu à Paulmy. Hanovre, 22 janvier 1758. Archives de la Guerre. (2) Paulmy à Richelieu, 30 janvier 1758. Archives de la Guerre. Clermont quitta Paris le 1° février.
férence entre la situation telle qu'il l'avait recueillie aux premiers jours d'août des mains de d’Estrées, et celle qu’il léguait à Clermont! Alors l'armée confédérée, en pleine retraite après Hastenbeck, était en voie de désorganisation ; les Hanovriens dérnoralisés ne songeaient qu'à se réfugier sous les murs de Stade; le duc de Brunswick et le landgrave de Hesse n'avaient d'autre désir que de séparer leur sort de celui du roi George. La capitulation de Closter Seven marque l'apogée des armes françaises. Quoi qu’en disent les écrivains militaires, nous serions disposés à critiquer les opérations qui suivirent plutôt que le traité même. La convention, telle qu’elle avait été signée, en dépit des oublis et des malentendus plus ou moins voulus des négociateurs, mettait les Hanovriens et leurs alliés hors de combat et donnait par conséquent aux Français toute liberté pour agir contre Frédéric. Richelieu semble tout d'abord avoir compris le parti qu’il pouvait tirer de son succès. La concentration de l’armée à Brunswick et la marche rapide sur ‘151}° ‘adt indiquent de sa part du coup d'œil et de la décision; mais ces mouvements n'avaient leur raison d’être qu’à la condition d’utiiser les gros effectifs qu’il avait amenés. Pour l'occupation du pays et pour la levée des contributions, il eût suffi d'une simpie division. Du moment qu'on n'avait pas craint de dégarnir le Hanovre pour jeter toutes ses forces à l'encontre des Prussiens et au secours de Soubise, il ne fallait pas s'arrêter en si bon chemin. Pourquoi cette inaction qui se prolonge pendant plus d'ur mois? Pourquoi l'acceptation d'un armistice local, avantageux surtout pour l'adversaire qui pourrait tourner ses armes contre Soubise, les Suédois, ou les Autrichiens de Marshall? Ii la conduite du maréchal a donné lieu à des accusations de corruption dont il a été d’ailleurs impossible de fournir la preuve. Céda-t-il au désir de rester possesseur incontesté de tout le pays conquis, avec les bénéfices géné-
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