EXACTIONS DES AUTORITÉS FRANCAISES
avait été d'abord réservée; mais il fut presque impossible d'obtenir des contribuables déjà saignés à blanc les recettes prévues; l'argent manquait. Faute de fonds, on ne pouvait effectuer les achats nécessaires pour le fourrage, l'habillement, les magasins. « Il a été fait dans tous ces pays-ci,écrit l'intendant Lucé (1), des exactions inouies; tout le monde en tire de l'argent, et il est certain que toutes les administrations. épuisées par ces exactions, se trouveront hors d'état de fournir au paiement de ce que je leur ai demandé pour les dépenses des quartiers d’hiver. »
Aussi quand il fut question de faire rentrer ces impositions, les réclamations éclatèrent de tous côtés. Les États de Calemberg et Gottingue, réunis à Hanovre, prirent une délibération protestant contre l'énormité (2) de leur contingent, fixé à 1,500,000 rations de fourrage età 550,000 écus en espèces. À l'appui de leur dire, ils invoquèrent, en plus des livraisons en nature déjà faites, les sommes payées « sur les ordres des généraux, commandants de place et commissaires de guerre... tant en frais de traitement que pour hôpitaux, magasins et emplacements. »
De son côté le duc de Broglie flétrit (3) en termes les plus vifs les procédés des commis. Pour montrer jusqu’à quel degré l’abus est porté, il signale des réquisitions adressées à des localités très distantes des garnisons à ravitailler. « Le duc de Lauraguais (qui avait signé les ordres) ignore sûrement les raisons qui les engageait (les commis) à tirer de trente lieues ce qu’ils peuvent avoir sous leurs mains; ces raisons ne sont autres que de se faire donner de l'argent, pour exempter les pauvres bailliages ainsi
(1) Lucé au ministre. Wolfenbuttel, 24 septembre 1757. Archives de la Guerre, vol, 3463.
(2) Plaintes des États de Calemberg et Gottingue, 20 octobre 1757. Archives de la Guerre. | (3) Broglie à Richelieu. Brême, 25 janvier 1758. Archives de la Guerre.
imposés de fournitures que l'éloignement leur rend aussi onéreuses. »
De la mise en coupe réglée des ressources du pays par les officiers supérieurs, la correspondance du ministère nous offre un échantillon typique. Un brigadier, le chevalier de Grollier, avait été désigné par Richelieu comme commandant de place de Lippstadt. Aussitôt parvenu à son poste, il réunit les magistrats, affirme ses droits à une indemnité calculée sur le pied de soixante rations de fourrage par jour; mais il se montrera bon prince, se contentera de moins et finit par présenter une note de 13,575 livres; si on ne s'exécute pas, il demandera la construction d’un magasin aux frais de la ville et suscitera force chicanes. Par mal chance, notre homme commit l’imprudence de laisser sa facture entre les mains des autorités locales; celles-ci transmirent la pièce avec leur réclamation à M. de Kinkel, ministre de l'Empereur à Clèves. La lettre de ce fonctionnaire est à citer (1): « La plupart &es officiers qui désolent par leurs exactions le pays conquis et le rendent incapable à fournir ce que les deux hautes puissances alliées ont droit d’en prétendre, s’y prennent avec tant de précaution qu'on à de la peine à mettre leurs procédés assez à jour; mais il vient d'en arriver un dans la ville de Lippstadt... qui ne s'embarrasse pas de ces finesses, et qui déclare tout net comme les autres pensent. » Cette fois le ministre s’empresse de sévir; ordre fut donné (2) à Richelieu de faire un exemple de Grollier, de lui retirer son commandement, de lui faire rembourser l'argent reçu, et de le renvoyer en France pour rendre compte de sa conduite. Le maréchal, qui n'avait pas sans doute la conscience nette, fit (3) quelques efforts pour disculper son subor-
(1) Kinkel au ministre. Clèves, 9 novembre 1757. Archives de la Guerre. (2) Ministre à Richelieu, 22 novembre 1757. Archives de la Guerre, (3) Richelieu au ministre, 30 novembre 1757. Archives de la Guerre.
aussi
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