TRAFIC DES SAUVEGARDES
donné, tout en s’inclinant devant une injonction formelle.
En effet Grollier pouvait invoquer comme excuse qu'il n'avait fait qu'imiter les pratiques de ses supérieurs. Une enquête instituée par le comte de Clermont, lors de son arrivée à l'armée au commencement de février 1758, révéla un certain nombre de concussions scandaleuses à la charge de Richelieu et de quelques officiers généraux. Heureusement pour les coupables, la reprise des hostilités et la retraite des Français vinrent interrompre des recherches qui, malgré la faveur dont jouissaient les personnages incriminés, eussent pu entrainer pour eux des conséquences fâcheuses. Le mémoire de l'abbé Lemaire (1) établit les faits suivants : Dans le pays de Brunswick seul, le maréchal « avait recu en son particulier 150,000 livres pour des patentes de sauvegardes (2) qu’il a obligé de prendre, dont il restait au delà de la moitié parce qu'on n'avait pu en faire usage, faute d’assez de lieux où l’on pût les employer. » Le duc de Brunswick avait dû se soumettre à ces exigences « pour éviter à ses sujets les traitements les plus durs si l’on se refusait aux demandes qui avaient été souvent faites avec impétuosité. » Sur un état fourni par la régence du duché, à côté du général en chef figuraient M. de Maillebois pour 40,000 livres, le duc d’Ayen pour 36,000, M. de Voyer pour 35,000 et l'état-major des places pour 60,000. Dans l'électorat du Hanovre, mêmes spoliations : Richelieu avant de partir avait extorqué, toujours à titré de sauvegardes, une somme de 17,000 ducats, sur laquelle il restait dû une traite de 12,000 écus payable à la fin de mars. A l'appui du dire des plaignants, étaient
(1) Mémoire de l'abbé Lemaire sur l'affaire des sauvegardes. Archives de la Guerre. Lemaire, ancien résident de France auprès de la Diète, était secrétaire de Clermont.
(2) Ces sauvegardes étaient des exemptions pour logements ou des rachats de réquisitions, et constituaient par conséquent un préjudice pour le trésor de l'armée.
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produites la copie de l'obligation (1) et une quittance de 10,000 écus à la date du 2 janvier, signée de M. Le Lurez commissaire des guerres et secrétaire des commandements du maréchal. À Brunswick, le duc d’Ayen, en vertu d'une convention passée avec la régence, avait bien voulu « agréer un traitement mensuel de 8,000 livres, 157 rations de fourrage par jour, partie en nature partie en rachat, deux fois par semaine 30 livres de poisson de telle espèce qu'il sera ordonné, le bois nécessaire, deux grandes bêtes fauves par semaine et une quantité indéterminée de petites pièces de venaison, les légumes et le jardinage nécessaires. » Le marquis de Voyer et l'état-major s'étaient fait allouer un régime proportionnel. De pareils exemples étaient contagieux; aussi ne sommes-nous pas surpris de voir le marquis du Mesnil (2) attirer l’attention des régents du Hanovre sur le sort fait à son collègue par les autorités de Brunswick, et s'étonner qu'on n'agisse pas de même à son égard. Les conseillers hanovriens ne firent pas la sourde oreille et le prièrent d’accepter 2,000 rixdalers qu’il toucha le 23 janvier. Il est vrai qu’à l'arrivée du comte de Clermont il les restitua, en déclarant qu’il était « trop honnète pour prendre de l'argent à l'insu de son maitre et du maréchal. »
Parmi les généraux français, il y eut des exceptions honorables; le duc de Randan, qui commanda longtemps à Hanovre, reçut lors de l'évacuation de la ville des témoignages unanimes (3) de l’honnèteté et'du désintéresse-
(1) Cette pièce, datée du 1°" février 1758 et signée de 8 notables hanovriens, parlait des 12,000 écus comme de « la somme à laquelle le maréchal avait bien voulu généreusement restreindre le restant sur les lettres de sauvegarde qu'il nous a données et que nous nous étions engagés à payer. » Papiers de Clermont. Vol. XXXIII. Archives de la Guerre.
(2) Pièces diverses. Papiers de Clermont. Vol. XXXIII. Archives d la
(3) Le document est daté du 22 février 1758. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.
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