FRÉDÉRIC MARCHE VERS LA SILÉSIE
riaux et achèverait leur déroute. La marche à travers la Saxe ne fut pas interrompue par le décès subit à Dresde de la reine de Pologne. Cet événement, que les ennemis de Frédéric attribuèrent à la douleur et à l’indignation ressenties à la suite des procédés dont elle avait été la victime, ne lui causa pas grande émotion. « On me mande de Dresde, écrit-il (1) à son frère , que la reine de Pologne était morte d’un catarrhe suffocatif. Cela ne me fait ni froid ni chaud. » Néanmoins il s’empressa d'adresser des compliments de condoléance (2) au prince électoral de Saxe.
C'est de Künigsbrück que le roi de Prusse écrivit les lettres que nous venons de citer. C’est également dans cette localité, où il fit une halte de trois jours, qu'il apprit la chute de Schweiïdnitz. Il éclate aussitôt (3) en vifs reproches contre son lieutenant qui par son inaction et sa désobéissance était responsable de ce malheur. Il lui réitère (*) l'ordre de combattre les Autrichiens, et annonce qu'il se rendra à Liegnitz, puis directement à l'encontre de Bevern si ce dernier est vainqueur dans la bataille prévue, vers Glogau s’il a été battu ou s’il n'y a pas eu d’engagement. De Bautzen où il parvient le 21 novembre, mêmes instructions (5). Il sera à Jauer le 29. Aussitôt arrivé en Silésie, il cherchera à faire croire qu’il a l'intention de se diriger sur Schweidnitz pour reprendre la ville ou pour couper l'ennemi de ses magasins; en réalité il se portera
(t) Frédéric au prince Henri. Künigsbrück, 19 novembre 1757. Correspondance politique. Vol. XVI, p. 39.
(2) Frédéric au prince électoral de Saxe. Künigsbrück, 19 novembre 1757. Correspondance politique. Vol. XVI, p. 39.
(3) Frédéric à Bevern. Kôünigsbrück, 18 novembre 1757. PROS politique..Vol. XVI, p. 37.
(4) Frédéric à Bevern. Künigsbrück, 19 novembre 1757. Corr espondance politique. Vol. XVI, p. 43.
(5) Frédéric à Bevern. Bautzen, 21 novembre 1757. Correspondance politique. Vol. XVI, ‘p. 45.
sur le flanc des Autrichiens pendant que Bevern les attaquera en tête. Si celui-ci les laisse déloger sans leur tomber dessus, il paiera la faute commise « de sa tète et de sa vie. » Le secret de l'approche du Roi devra être religieusement gardé, vis-à-vis même des généraux, jusqu’au moment où il pourra prévenir de son voisinage par des signaux convenus; surtout pas de conseils de guerre ni de conversations avec ses lieutenants ; au commandant en chef de faire respecter son autorité, de donner des ordres qui devront être obéis sous point de mort.
Bevern n'eut pas à assumer ja terrible responsabilité que lui imposait son monarque; avant la réception des dépèches royales, le 22 novembre, avait eu lieu l'affaire tant souhaitée par Frédéric; elle avait été provoquée par les Autrichiens et s'était terminée par une victoire complète pour leurs armes. Leurs Majestés étaient en effet aussi désireuses d'une bataille que le roi de Prusse; l’inaction du prince Charles, explicable pendant le siège de Schweidnitz, deviendrait injustifiable après la capitulation qui rendait sa liberté au corps d'investissement et permettait la concentration contre Bevern de toutes les forces impériales. Dans la nuit du 17 au 18 novembre, le Prince (1) recut du général Marshall, commandant en Lusace, l'avis de la marche de Frédéric; il convoqua aussitôt un conseil de guerre auquel fut appelé Montazet. On y décida de profiter du temps qui s’écoulerait avant l'arrivée de l’armée royale en Silésie, si telle étuit sa destination, pour essayer de battre Bevern sur lequel on allait avoir, grâce à la jonction des troupes de Schweidnitz, une grosse supériorité numérique. Si les Prussiens envahissaient la Bohème, Marshall ferait de son mieux pour ralentir leurs progrès en attendant qu'on vint à son secours; mais le premier objectif était sans conteste l’anéantissement, du corps de
(1) Prince Charles à l'Empereur, 18 novembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.