DÉCOURAGEMENT DES AMIS DE FREDÉRIC
le succès de la marche de Sa Majesté prussienne vers Glogau, pour se joindre aux troupes que commandait le prince de Bevern. En outre de leur grande supériorité numérique, les Autrichiens sont stimulés par leurs succès; etilne faut pas l'oublier, le corps de Bevern se compose en majeure partie des troupes qui ont pris part à la malheureuse affaire de Kolin. Que peut-o:1 attendre de soldats qui ont subi deux défaites dans la même campagne”... Si le roi de Prusse est battu, il est complètement ruiné. S'il est victorieux il pourra acquérir de la renommée, mais il ne profitera guère de sa victoire; l'ennemi est en effet maître de Schweidnitz et de Breslau où il peut se retirer s’il y est contraint. Et cependant, malgré ce que je viens de dire, Sa Majesté prussienne a quelque raison de risquer une autre bataille. Où peut-il nourrir son armée? Où peut-il prendre ses quartiers d'hiver? Dans des circonstances aussi désespérées, que peut-il faire? L’Autriche poursuit l’anéantissement du roi de Prusse; les Français dans la crise actuelle ne peuvent le sauver; le pourraient-ils, je doute que depuis l'affaire du 5 novembre ils soient aussi bien disposés à son égard qu'avant; mais quand même ils le voudraient je suis convaincu que le roi de Prusse n’accepterait pas leurs conditions. Il a trop de grandeur d'âme et trop de mépris de la vie pour consentir à survivre à sa propre gloire. »
L'envoyé anglais connaissait bien celui qui était devenu son héros; mais s’il jugeait sainement le caractère et les qualités du Roi, il ne pouvait prévoir de la part de ses adversaires les fautes qui transformèrent en traits de génie ce qui eût pu être considéré comme un acte de folie.
Tandis que le roi de Prusse, dans son camp de Parchwitz, préparait un dernier effort contre l’envahisseur victorieux, les Autrichiens, tout à la joie de leur conquête, demeuraient inactifs; cependant ils n'étaient pas sans souci sur le voisinage de leur dangereux ennemi. « Je ferai, écrit le
prince Charles (1), tout ce que je pourrai pour prévenir le Roi s'il veut venir ici; mais je m'imagine, quand il apprendra les nouvelles, que cela ralentira sa marche ou lui pourra faire changer quelque chose à ses dispositions ; enfin d'ici deux ou trois jours nous verrons ce qui arrivera. 2e qui est bien sùr c’est que cette armée que commandait le prince de Bevern est en mauvais état, et que la garnison de Breslau ne leur sera pas d’un grand secours. Quel bonheur pour moi d'avoir la consolation de pouvoir mander quelques bonnes nouvelles! + Le 28 novembre le général autrichien visite « la fortification de Breslau qui est encore assez bonne ; c'est un endroit où il faut de la cérémonie pour le prendre; » il fait travailler au chemin couvert. Le 29 il apprend (2) que l'armée royale est aux environs de Liegnitz ; il envoie de ce côté des troupes légères soutenues de 1,300 cavaliers allemands, « pour être instruit à fond de ce qui se passe là, » et se tient « prêt à marcher si le Roi avance... Cela, joint à quelques arrangements pour Schweidnitz et Breslau qu'il y a encore à prendre, me donne un peu d'occupation ; j'avoue que cela me fait d'autant plus enrager que j'espérais que Breslau pris, nous serions un peu plus tranquilles. » Dans sa lettre du 2 décembre il annonce l'intention de se porter à l’encontre de Frédéric qui parait « en vouloir à Liegnitz »; 1l a fait partir le jour mème une brigade de 1,200 chevaux pour soutenir les Croates et hussards postés à Neumarkt.
À Vienne, on s'inquiétait de la sûreté des communications de l'armée avec la Bohême et on suggérait assez mal à propos l'occupation de Brieg , ville fortifiée sur l'Oder, en amont de Breslau. Le prince Charles avec raison ne veut pas détacher des troupes pour cette opération; il aura
(1) Prince Charles à l'Empereur, 26 novembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
(2) Prince Charles à l'Empereur, 29 novembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
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