LES AUTRICHIENS VONT A LA RENCONTRE DU ROI
besoin de toutes ses forces disponibles pour agir contre Île Roi. « On a déjà vu (1), par mes précédentes, l’impossibilité que j'entrevois pour l'expédition de Brieg; le Roi qui fait marcher à lui le corps de M. de Bevern et qui se trouve devers Liegnitz, nous oblige à marcher à lui, ce que, je crois, nous ferons demain, tant pour sauver cette ville que pour conserver le Catzbach qui doit nous former notre cordon, pour, s'il y a moyen, être tranquilles cet hiver; au moyen de quoi nous sommes obligés d'y marcher avec tout ce que nous avons, à la réserve de 11 bataillons qui sont dans Breslau, et le régiment de Darmstadt qui est fort faible que nous laissons ici; nous ne sommes guère plus de 50,000 hommes ici en état de service, y comprenant Bavaroiïis, Wurtemberg, hussards et Croates, et je compte le corps du Roi réuni à celui de Bevern plus de 40,000. Ainsi Votre Majesté voit bien que nous ne pouvons point faire le détachement, qu'outre cela, tant que cette armée est à portée de nous, nous ne pouvons pas cantonner. » Le Prince se plaint du manque de voitures, de l’état des chemins, du mauvais temps . « Cependant, ajoute-t-il, l’on fera tout ce qui est possible; au reste, quoique l’armée soit fort fatiguée d'une campagne aussi rude, tout paraît de la meilleure volonté du monde; il n’y à que la saison que je crains. »
Le 4 décembre, les Autrichiens quittèrent leur camp sous Breslau pour aller au-devant des Prussiens. Cette détermination avait été prise à la suite d’un conseil de guerre où les avis avaient été partagés; tandis que le maréchal Daun, le comte Serbelloni et quelques généraux auraient voulu attendre l'attaque des Prussiens derrière la Lohe, dans les lignes qu'avait occupées l’armée de Bevern, que d'autres proposaient de se poster derrière la
(1) Prince Charles à l'Empereur, 3 décembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
rivière de Schweidnitz (1), les derniers, nius ardents, et en particulier le général Lucchesi, s'étaient prononcés pour l'offensive. À l'appui de leur thèse, ils invoquaient la démoralisation des Prussiens, le faible effectif de leur armée qu'ils qualifiaient dédaigneusement de « garde de Berlin » ; selon eux, il fallait saisir cette occasion d’anéantir l'ennemi et de mettre fin à la guerre. De ce débat le chevalier d'Arneth n’a trouvé aucune trace (2). S'il faut juger d’après les extraits de la correspondance du prince Charles cités plus haut, il semble que tout l'état-major impérial, le généralissime en tête, ait été partisan d’un mouvement que justifiaient l’état et la force relative des deux armées. IL est probable d’ailleurs que le lieutenant de Marie-Thérèse, tout en se portant au secours de Liegnitz et de ses avant-gardes, ne croyait pas à une rencontre immédiate. Si telle fut son illusion, elle ne dura pas longtemps; à peine avait-il franchi la rivière de Schweidnitz qu'il connut la reprise de la marche du Roi. Ce mème # décembre, Frédéric, parti de Parchwitz, s'était emparé de Neumarkt où les Autrichiens avaient fort imprudemment installé leur boulangerie, avait fait prisonniers une partie des Croates qui formaient la garnison , et chassé le reste dans la direction de Breslau. Après ce succès de bon augure, les Prussiens avaient campé entre Neumarkt et Kammendorf. Le prince Charles, en dépit de cet échec, se montre confiant (3) : « Nous sommes arrivés encore de Jour, et à temps pour nous reconnaître un peu; les bagages sont restés derrière la Schweïidnitz ; nous sommes à une lieue et demie l’un de l’autre, tout se couchant
(1) Cette rivière porte le nom de Weistritz dans les cartes modernes.
(2) Cogniazo qui servait dans l’armée du prince Charles est très affirmatif au sujet des avis du conseil de guerre. Vol. Il, p. 419. Retzow l'est également. Vol. I, p. 304.
(3) Prince Charles à l'Empereur, 4 décembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne.