‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 362 sur 385 · CHAMP DE BATAILLE DE LEUTHEN · texte numérisé non relu

CHAMP DE BATAILLE DE LEUTHEN

sous les armes, ct nous avons eu un temps affreux. Je n'ai rien mangé qu'un morceau à trois heures que j'écris celle-ci; demain nous verrons ce qui arrivera; j'espère que le bon Dieu finira son ouvrage; nos gens sont de bien bonne volonté. »

De grand matin, le 5 décembre (1), les Prussiens quittèrent leur bivouac de Neumarkt et avancérent dans la direction de Breslau; ils prirent le contact avec l'ennemi près de Borne, où ils trouvèrent posté le général Nostitz avec les régiments de cavalerie saxonne qui avaient si vigoureusement chargé à Kolin, et quelques hussards autrichiens., Le Saxon, soit qu'il ne se rendit pas compte des forces qu'il avait devant lui, soit qu'il espérât être soutenu, au lieu de se retirer, accepta le combat; il fut court et sanglant. Ses chevau-légers, écrasés par la masse de la cavalerie prussienne, furent culbutés avec perte et refoulés jusque sur les lignes autrichiennes; le brave Nostitz resta sur place avec quatorze blessures dont il mourut quelques jours après. Les Impériaux assistèrent impassibles à cette rencontre, et ne cherchèrent pas à profiter du désordre de la poursuite que l’ardeur du vainqueur avait poussée trop loin.

Devançant son infanterie qui n'avait pas encore dépassé le village de Borne, Frédéric alla examiner la position ennemie. Un monument commémoratif marque l'endroit où la tradition veut qu'il se soit placé pour sa reconnaissance. La butte de faible élévation sur laquelle est construit l'édifice porte le nôm de Schünberg ; elle se trouve à environ 700 mètres du village de Gross Heidau et de la grande route de Lissa à Neumarkt. Pour le spectateur qui regarde du côté de Lissa, l'horizon est limité au nord

(1) Le récit de la bataille est tiré de Retzow, Lloyd, Cogniazo, le prince de Ligne, l'ouvrage de l'État-major prussien, les lettres des officiers francais, et enfin du consciencieux et détaillé livre du professeur Kutzen, Der Tag von Leuthen, Breslau 1860. Voir la carte page 718,

et à l'est par des bois très étendus; immédiatement Gevant lui se déroule une plaine à peu près unie, sur laquelle se détachent de nombreux hameaux, reliés les uns aux autres par des routes bordées d'arbres. Dans chaque village, un bosquet entourant le château du seigneur de l'endroit; en dehors des habitations, perchés sur des relèvements de terrain, un ou plusieurs moulins à vent. À gauche, à 2 kilomètres en avant, on remarque le hameau de Frobelwitz sur la grande route, puis en face, vers la droite, le gros village de Leuthen avec ses deux clochers, ses moulins et ses vergers, À Leuthen succèdent des champs de céréales, puis des taillis derrière lesquels, après avoir consulté la carte, on croit deviner les maisons de Sagschütz (1) et de Schriegwitz. Si, continuant notre inspection, nous nous retournons vers le sud, nous apercevons à 2 kilomètres et demi, à peu près sur le même plan que notre observatoire, le village de Radaxdorf, et la petite éminence de Butterberg à mi-chemin entre Radaxdorf et Leuthen. Tout près du Butterberg et un peu au delà, existait à l'époque de la b°'‘ille un bosquet aujourd'hui défriché; l'emplacement porte sur les cartes la désignation « die Goy », expression de patois silésien appliquée à des bois taillis. Plus au sud, mais complètement masqué par les grands arbres de Radaxdorf, est le hameau de Lobetinz, éloigné du premier de 600 mètres seulement. A première vue, en dehors des buttes auxquelles les cartes donnent l'appellation trop ambitieuse de « berg », le pays parait tout à fait plat; un examen plus attentif fait observer une dépression irrégulière qui sépare la croupe Heidau- Radaxdorf sur laquelle nous nous trouvons, du renflement Frobelwitz-Leuthen qui nous fait face. Dans ce basfond, des étangs, que révèlent des ceintures de roseaux, se déversent dans un ruisseau dévalant vers le nord dans

(1) A l'époque de la bataille, le bois de Kieferberg près de Sagschütz, aujourd'hui déiriché, devait se voir de la butte où se tenait Frédéric.

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