LES BAVAROIS ET LES WURTEMBOURGEOIS
avait sous ses ordres des forces qu'il estimait lui-mème à 50,000 combattants, que portent à 55 ou 60,000 les officiers français attachés à l'état-major, et qu'évaluent à 80,000 1) les historiens prussiens. Mais la répartition de cet effectif imposant laissait fort à désirer ; au lieu de conlier à des troupes nationales et éprouvées la garde du poste important de Sagschütz, on y avait placé les contingents les moins solides de l’armée, les Wurtembourgeois et les Bavarois.
Ces auxiliaires avaient été pris à la solde de la France à la suite de traités passés avec le duc de Wurtemberg (2) et l'Électeur de Bavière (3). Le recrutement et la mise en route des Wurtembourgeois avaient donné lieu à des incidents déplorables; luthériens pour la plupart et très mal disposés pour la maison d'Autriche sous les ordres de laquelle ils devaient servir, les soldats commencèrent par se mutiner (*) et par déserter en masse. Au cours des longues étapes qu'ils firent pour rallier l'armée en Silésie, il fallut sévir à plusieurs reprises; à la fin de septembre on n'avait pas encore osé leur distribuer leurs cartouches. Ce ne fut que vers le milieu d'octobre (5) que les deux divisions, fortes de 12,000 hommes, rejoignirent le corps de Nadasdy devant Schweidnitz. Les Bavarois, plus disciplinés, prirent une part active au siège où ils perdirent de 6 à 700 hommes; les Wurtembourgeois paraissent avoir été engagés à la bataille de Breslau où ils ne lais-
(1) La situation impériale du 4 décembre porte 84 bataillons et 144 escadrons sans compter les troupes légères; mais il faut déduire de ces chiffres les 11 bataillons et le régiment laissés à Breslau, la division du général Beck restée sur la rive droite de l'Oder, la garnison de Liegnitz et quelques autres détachements.
(2) Traite du 30 mars 1757 avec le Wurtemberg.
(3) Traités des 29 mars et 31 juillet 1757 avec la Bavière.
(4) Potier, commissaire des guerres au ministre,9, 14 et 21 juin 1757. Archives de la Guerre.
(5) Sainte-Marthe et Potier commissaires, Correspondance avec le ministre. Archives de la Guerre.
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sèrent que 150 des leurs. Malgré le peu de confiance qu'on devait avoir dans ces nouveaux venus, malgré l’irvitation du prince Charles de placer les nationaux en première ligne et les auxiliaires en réserve, Nadasdy mit aux avant-postes de Sagschütz et de Kicferberg les Wurtembourgeois, dont il ne devait ignorer ni le mauvais esprit, ni tout au moins l'inexpérience ; comme troupes de soutien il leur affecta les Bavarois qui n'étaient pas beaucoup plus sûrs. Cette faute eut des suites désastreuses.
Aussitôt que dans le camp impérial on apprit l'approche des Prussiens, on suspendit les préparatifs qu’on avait faits pou: aller à leur rencontre, et on décida d'attendre l'assaut dans les positions que nous venons de décrire. Montazet essaya de démontrer le danger de lignes aussi étendues, et supplia les généraux autrichiens ‘’augmenter leurs forces du côté de Leuthen ; il ne fut pas écouté. Le combat de cavalerie de Borne, la vive poursuite des escadrons prussiens, la vue de l'état-major au milieu duquel il était facile de distinguer la personne de Frédéric, firent croire à une attaque de la droite autrichienne. Lucchesi, qui commandait de ce côté, s’imagina qu'il allait avoir sur le dos toute l’armée royale; il demanda avec instance des renforts. Après quelque hésitation (1) le prince Charles céda à ces appels réitérés, et envoya à l’aide de son lieutenant des bataillons d'infanterie tirés de la réserve, et une partie de la cavalerie de l’aile gauche.
Pendant ce mouvement, qui trahissait les inquiétudes des Impériaux, Frédéric avait arrêté ses mesures pour la bataille ; le bois de Sagschütz était la clef de la position; sa possession assurerait la victoire. Porter de ce côté son premier effort, écraser la gauche de l'adversaire avant qu'elle pût être secourue, ce résultat acquis, prendre en
(1) Montazet, à propos des craintes exprimées par Lucchesi, aurait dit que seule une armée de bécassines aurait pu le tourner dans la position qu'il occupait à la droite. Kutzen, p. 72
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