MARCHE DE FLANC DES PRUSSIENS
écharpe le corps principal, replier et culbuter le reste de l’armée impériale : tel fut le plan qu'il concut.
Pour le succès de cette manœuvre, il fallait dissimuler la marche de flanc nécessaire pour gagner le point de contact. Les tètes de colonnes d'infanterie, parvenues à la hauteur de Borne, reçurent l’ordre de faire une conversion à droite en conservant leurs distances ; chaque colonre était en pelotons, à intervalles de déploiement, de manière à pouvoir reformer la ligne au premier signal. Cette évolution, parallèle pour la première partie du parcours à l’armée autrichienne, s’exécuta sous les yeux de l'état-major impérial. Le prince Charles, qui avec le maréchal Daun s'était installé au moulin de Frobelwitz, fut complètement trompé sur les intentions du Roi; les deux généraux crurent à une retraite, et trop heureux d'en être quittes à s' Son compte, se gardèrent bien de bouger. Une fois parvenus à la hauteur de Radaxdorf, les Prussiens étaient masqués par ce village, par celui de Lobetinz qui lui fait suite, et par le bois de la « Goy » qui à cette époque s'avancait dans la direction de Leuthen: ils purent prendre à leur aise leurs dernières dispositions. Entre temps le Roi, escorté de sa cavalerie légère, se tenait entre son armée et celle du prince Charles dont il ne perdait pas un mouvement. Les troupes royales chngerert de direction, puis par un à gauche se déj loyèrent en deux lignes parallèles dans l’ordre suivant : :",: le flanc droit Ziethen avec #3 escadrons appuyés par 6 bataillons, la droite de l'infanterie, socs le prince Maurice de Dessau, précédée d'une avant-garde de 3 bataillons commandés par le gé. néral Wedel; la gauche de l'infanterie, aux ordres du général de Retzow, flanquée par les 40 escadrons de Driesen. Les deux masses de cavalerie avaient chacune un soutien de 10 escadrons de hussards, et, à défaut de réserve de fantassins, le prince Eugène de Wurtemberg suivait le corps de bataille avec 25 escadrons. L’artillerie, forte de 63 ca-
nons de différents calibres et de 8 obusiers, était répartie sur le front et dans les intervalles. Ziethen était au delà de Sehriegwitz; l'infanterie s'alignait depuis ce village jusque derrière Lobetinz; Driesen se tenait en arrière de Radaxdorf, Enfin un détachement de 3 bataillons et de quelques chasseurs, resté aux environs de Hleidau, devait faire des démonstrations à l'effet d'entretenir les craintes que les Autrichiens paraissaient avoir de ce côté.
Aussitot après le déploiement, c'est-à-dire un peu après midi, le prince Maurice vint prendre les instructions du Roi pour l'assaut de Sagschütz. Le fameux ordre oblique et la manœuvre en échelons si chers À Frédéric furent adoptés. Chacun des vingt bataillons de la première ligne fit une demi-conversion à droite, et, ce mouvement exécuté, marcha devant lui dans la nouvelle direction. De cette facon les échelons prussiens gagnaient rapidement à droite, de manière à enfiler et tourner l'ennemi, tout en conservant la facilité de reformer leur ligne si cela devenait nécessaire. L'avant-garde de Wedel Aestinée à la première rencontre prit les mêmes dispositions tactiques.
Nadasdy directerient menacé ne put se méprendre sur les intentions de l'adversaire, :l envoya officier sur officier aux généraux en chef pour les prévenir du choc qu'il allait avoir à souten:r; son appel ne fut pas entendu et il resta livré à ses propres ressources.
IL était à peine une heure de l'après-midi, quand Wedel, appuyé par une batterie de dix pièces et suivi à 300 pas de distance par le prince Maurice, engagea le combat; en dépit d'un feu assez vif, il surmonta les obstacles qui protégeaient les ahords du Kieferberg, et s'élanca à l'assaut de la butte occupée par les Wurtemhourgeois. Ceux-ci n'attendirent pas le contact, reculèrent en désordre, abandonnèrent leurs canons. et coururent se réfugier dans les tranchées et derrière la batterie de Sagschütz. Wedel, renforcé par le prince Maurice, profitant de l'interruption
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DÉFAITE DE NADASDY. 711
du feu des artilleurs autrichiens qui craignaient de tirer sur leurs propres gens, poursuivit les fuyards jusque dans la batterie dont il s'empara. Il y eut après cet incident un moment d'arrêt qui donna le temps aux Impériaux de se reformer en arrière du village. Là, Wurtembourgeois, Bavarois que le recul des premiers avait entraînés, Hongrois du Kaulbusch qui avaient dû évacuer ce bois, et Autrichiens du corps de Nadasdy et de la gauchede l'armée accourus au secours de leurs avant-postes, essayèrent de tenir tête. Ce fut en vain; les soldats du Roi eurent raison de ces troupes déjà fort ébranlées; elles s’enfuirent à qui le plus vite, d'un côté vers les bois de Gohlau , de l'autre vers Leuthen, où leurs camarades les prenant pour des Prussiens les recurent à coups de fusil.
Pendant que ces événements se passaient à Sagschütz, il y avait eu un engagement des plus chauds entre les cavaleries rivales. Nadasdy, à la tête de la sienne, s'était jeté sur les premiers escadrons de Ziethen empêtrés dans les fonds marécageux entre Schriegw*tz et Gohlau; il eut d'abord l'avantage, refoula l'adversaire et lui fit une centaine de prisonniers; mais il vint se heurter aux six bataillons que Frédéric, instruit par l'expérience de Kolin, avait donnés à Zicethen comme troupes de soutien. Le feu de ces fantassins et de leurs canons fit rebrousser les cavaliers de Nadasdy qui durent regagner leur première position aux abords de Gohlau. Ziethen les y suivit; mettant à profit les progrès de son infanterie qui entre temps avait chassé les Hongrois du bois de Kaulbusch, il dégagea peu à peu ses escadrons des mauvais terrains, et aussitôt une partie de sa ligne formée la lança sur les Autrichiens en retraite. Ce mouvement offensif se traduisit par une série d'engagements partiels. Après des alternatives de succès, le combat se termina par la défaite des Impériaux qui perdirent beaucoup de monde et se réfugièrent dans les bois de Rathen.
D ot
Voici en quels termes le prince de Ligne (1), qui servait dans un des régiments wallons de l’armée du prince Charles, décrit l’échauffourée : « Avec des forces supérieures de beaucoup, nous avions trouvé le secret de prêter le flanc; cet endroit le plus important était occupé par les Wurtemberg et les Pavarois qui formaient un angle avec les Prussiens qui s’avançaient pour les culbuter. Le premier coup de canon fut ie signal pour le départ de ces messieurs, et s’il y en eut de ces premiers qui s'avancèrent, ce ne fut que pour rendre leurs armes. Le reste du corps de Nadasdy qui prètait le flanc aussi de la meilleure gràce du monde, se trouvant encore plus dégarni par là, fut extrèmement maltraité et finit par être tout à fait en déroute. Il était onze heures et demie quand la danse commenca; ce que je viens de raconter fut l'affaire d'une heure tout au plus. »
En effet 1l n'était qu’une heure et demie de l'après-midi, et déjà le corps de Nadasdy tout entier et une partie de la gauche des Autrichiens étaient hors de combat. La plaine entre Sagschütz et Leuthen était couverte de fuyards que sabraient les hussards prussiens; derrière eux s’avancait l'infanterie royale en double ligne. ‘: ‘site l'avant-garde de Wedel, renforcée par les batauions de soutien de Ziethen, puis le centre sous le prince Maurice, à gauche la division de Retzow qui n'avait pas encore tiré un coup de fusil. Le mouvement dirigé sur le village de Leuthen était appuyé par la grosse artillerie du Roi qui, hissée non sans peine à travers les fossés et les obstacles du terrain sur la colline de Sagschütz, prenait les Autrichiens en écharpe.
Pour s'opposer à cette attaque, quelles étaient les mesures du prince Charles de Lorraine et du maréchal Daun? Ces généraux, édifiés sur les projets de Fréderic par le
(1) Campagnes de 1757 et 1758, par un officier supérieur autrichien. Archives de la Guerre.