‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 37 sur 385 · ATTITUDE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE LOUIS XV

monde. Il a chargé Monsieur le comte de Migazzi (1), à son passage ici, de dire de sa part à Sa Majesté l'Impératrice qu'il l'assurait de sa plus parfaite amitié, et que cette amitié serait indissoluble à jamais. Ce propos, tenu fort haut ct en présence de toute la cour, a passé de bouche en bouche ét à fait un effet merveilleux. Toutes les fois que je parais à la cour, soit au lever, soit au grand couvert, il ne manque jamais de me parler sur les affaires du temps, et en des termes qui prouvent au public l'intérèt qu'il y prend. Il ne ménage pas le roi de Prusse, et quand il parle des armées de Sa Majesté l'Impératrice, il se sert presque toujours de l'expression « nous ». Votre Excellence qui connait ce pays-ci jugera aisément de l'impression que ces choses doivent faire. J'ai eu l'occasion de le voir, depuis quelque temps plus particulièrement . chez M% de Pompadour, qui me recoit présentement à toute heure et sans que j'aie besoin. de l'en prévenir (chose qui n'a Jamais été faite pour aucun ministre étranger : et il y parle toujours d'une facon qui confirme bien tout ce que mavalent dit jusqu'ici ses ministres et M"®° de Pompadour, de la sincérité des dispositions personnelles dans lesquelles il est à l'égard de Sa Majesté l'Impératrice. Il a été indigné et outré de la mauvaise conduite des Saxons, et na pas caché son étonnement du parti qu'a pris le roi de Pologne de se retirer à Kænigstein, au lieu de se mettre à la tête de son armée pour se faire jour au travers de l'ennemi. Il m'a demandé quatre ou cinq fois dans la mème soirée pourquoi le roi de Pologne avait donc pris ce parti. M*° de Pompadour marque un intérèt à nos succès qui est au-delà de toute expression. Le maréchal de Browne fait la matière de toutes les conversations; les militaires, les politiques, les courtisans, les femmes, tout le monde ne parle que de lui. On admire

1, L'abbé comte de Migazzi, ambassadeur d'Autriche à Madrid, venait de quitter son poste el était passé par Paris en rentrant,

sa conduite, on craint qu'il n’expose trop sa personne : tout le monde désire de le savoir heureusement rentré dans son camp. En un mot, dans le temps qu'il y avait une a uée francaise en Bohème, on ne pouvait pas être plus inquiet de son sort qu'on l'est aujourd'hui pour le nôtre. »

Quelques jours après, la cour quittait Fontainebleau, et Stahremberg avec elle. D'après ses conversations avec Bernis (1), il prévoyait un débat des plus vifs sur la cession d'Ostende, la réciprocité à l'égard de l'Angleterre, et l'extension de la clause des territoires à assurer à l’Autriche avant l'échange des Pays-Bas. Entre temps, les ministres français en Allemagne et en Suède avaient recu leurs instructions; le chevalier Folard, en résidence à Munich, devait entrainer les cours voisines, et le marquis d'Havrincour devait engager la Suède, comme garante du traité de Westphalie, à appuyer la réquisition que la Saxe et l'Autriche avaient formulée devant la Diète de l'Empire. Dans l'entourage de Louis XV les symptômes étaient de plus en plus favorables ; l'abbé de Bernis entrerait prochainement au conseil; M" de Pompadour jouissait d'une autorité plus grande encore que par le passé. « Personne n'est plus à portée d'en juger que moi, qui pendant le dernier séjour à Fontainebleau me suis trouvé plusieurs fois chez elle pendant que le Roi y était, et qui vois d'ailleurs que rien ne se fait que par son consentement et d'après sa volonté. » Cependant, malgré ces heureux pronostics, il y avait une ombre au tableau : « L'ardeur du public commence un peu à se ralentir, les partisans du roi de Prusse reparaissent sur la scène, et bien des gens s'étonnent qu'on prenne si vivement parti pour notre guerre avec le roi de Prusse, tandis que la France a elle-même une guerre particulière à soutenir avec l'Angleterre. Le dernier manifeste du roi de Prusse, muni de

1, Slahremberg à Kaunitz, 16 novembre 17356. Archives de Vienne.

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