DIFFICULTÉS A VARSOVIE
pièces justificatives, tout dépourvu de fondement qu'il est, n’a pas laissé que de faire impression. »
Du côté de la Russie, il y avait aussi un point noir à l'horizon. À Pétersbourg, on récriminait contre l'attitude du comte de Broglie et de M. Durand (1) qui suscitaient des obstacles au passage des troupes russes en Pologne. ie renversement des alliances commencait à produire son effet, et ce n'était pas sans secousse que le système d'entente avec la Russie et l'Autriche, pouvait se substituer à Varsovie aux errements traditionnels de la politique fran- - caise. Il était fort délicat de faire apprécier la nouvelle orientation par les partis polonais qu'on avait secondés jusqu'alors dans leur résistance À l'influence russe, et appuyés contre les empiètements des rois de la maison de Saxe. Les diplomates français eux-mêmes réussissaient mal à concilier les instructions récentes du département, avec la ligne de conduite qui leur avait été si longtemps dictée par le souverain en personne (2).
De cette situation découlaient des malentendus et des incohérences dont se plaignaient avec quelque raison les nouveaux amis de la France. Le chargé d’affaires russe, M. de Becktielf, sur le conseil de Stahremberg, alla porter ses griefs, de Rouillé, qui ne l'écoutait pas, à Bernis et à Belleisle, beaucoup plus convaincus que leur collègue des obligations qui incombaient au gouvernement francais. Belleisle prit la chose en mains et obtint, malgré les objections de Rouillé, qu'on donnerait des ordres à Varsovie pour faciliter la marche de l'armée russe, et que ces ordres seraient lus et approuvés en conseil.
A cette occasion, Stabremberg sc livre à une véritable explosion de colère contre l'ambassadeur acerédité auprès
(1) Chargé d'affaires de France à Varsovie.
(2) Le comte de Broglie était en correspondance directe avec le roi. Voir Boutaric : Correspondance secrète du roi Louis XV, et le duc de Broglie : Le secrel du Roi.
du roi de Pologne : « Je m'aperçois de plus en plus que c'est le comte de Broglie qui nous cause, lui seul, toutes ces confusions. Ilest, comme Votre Excellence le sait, entitrement livré au prince de Conti, occupé depuis longtemps à s'assurer d'un parti considérable pour faire élire ee prince roi de Pologne, d'ailleurs jaloux de l'ascendant qu'il voit prendre ici à l'abbé de Bernis, mécontent de s'apercevoir qu'il y a des choses dont sa cour lui fait mystère, avide de jouer un grand rôle dans le monde et d’être pour ainsi dire le ministre en chef de la France, en Allemagne et dans toutes les cours éloignées, de pouvoir diriger la conduite des autres ministres, de devenir, en certaine facon, le maitre de toutes les négociations à faire de ce côté-là, et par conséquent de la plus grande partie du systéme politique de la France. Ilaurait beaucoup de peine à se voir frustré de toutes ces belles espérances et de se conformer à un nouveau plan de conduite; et c'est dans ces vues qu'il a toujours parlé à M. Rouillé du danger qu'il y aurait à tenir en Pologne un langage différent et une conduite opposée à tout ce qui s'y était fait jusqu'ici, ainsi que la nécessité de s'y ménager un parti, de ne pas laisser prendre trop d'ascendant à la Russie, de conserver les libertés de la république, de se maintenir dans le droit de protection qui appartenait à la France, de ne pas donner d'ombrage à la Porte... »
Ce fut sans doute à la suite des observations de Stahremberg que Broglie recut du Roi en personne le billet suivant (1): « J'ai très bien vu dans toutes vos lettres, comte de Broglie, que veus aviez de la peine à adopter le système nouveau que j'ai pris: vous n'étiez pas le seul, mais telle est ma volonté, il faut que vous y concouriez. »
Laissons maintenant la cour de Versailles aux prises avec Les embarras qui se révélaient chaque jour, et repor-
(1) Louis XV au comte de Broglie, 2% décembre 1756. Boularic : Correspondance secrète de Louis XV, vol. 1, p. °14.
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(1) Mémo 19 octobre